Jeudi, 27e semaine du temps ordinaire de la Férie

 

Ma 3, 13-20b

Ps 1, 1-4, 6

Lc 11, 5-13

Dans l’Évangile d’aujourd’hui (cf. Lc 11, 5-13), le thème de l’amitié acquiert une grande importance. Les Évangiles sont riches d’exemples où Jésus s’approche des autres avec amitié. Saint Luc montre un Jésus plein de compassion qui s’approche des lépreux, des paralytiques, des pécheurs, des collecteurs d’impôts, des centurions, des veuves, des possédés du démon et des épileptiques : la liste est longue. Jésus est à la fois le Bon Samaritain (cf. Lc 10, 29-37) et le père rempli de compassion (cf. Lc 15, 11-32) ; il étend sa main miséricordieuse d’amitié, aussi généreusement que spontanément.

L’Évangile de Jean fournit également de profondes intuitions sur Jésus et l’amitié. L’amitié-amour de Jésus pour Marie, Marthe et Lazare est décrite au onzième chapitre : « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare » (cf. Jn 11, 5). Lorsque Jésus apprend la mort de Lazare, il déclare : « Lazare, notre ami, s’est endormi » (cf. Jn 11, 11), puis il se met à pleurer sa mort ; « les Juifs se disaient entre eux : “Voyez comme il l’aimait !” » (cf. Jn 11, 36).

Au cours de la Dernière Cène, en donnant le commandement de nous aimer les uns les autres, Jésus dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis » (cf. Jn 15, 13-16). Ainsi, Jésus manifeste la profondeur de son amitié-amour en mourant sur la croix pour nous. Comme saint Paul le fait remarquer : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs » (cf. Rm 5, 8).

Chacun est appelé à faire l’expérience que Jésus est l’ami, et même l’ami personnel, de chaque être humain. L’amitié avec le Christ consiste à grandir dans l’intimité avec le Maître, au-delà d’une existence dans le Christ. Cette dimension si profonde de l’amitié revitalise l’Esprit saint en nous. L’amitié avec le Christ, même dans la maladie et dans la fragilité, nous donne une force qui prévaut sur l’amertume, sur la lassitude de la vie et sur tout désespoir. L’amitié est une « question de cœur » où l’un révèle à l’autre ce qui se trouve au plus profond de son cœur, dans la confiance et la réciprocité. La croissance dans l’amitié passe par une autorévélation réciproque. Dans ce processus, nous nous rendons compte que nous sommes engagés dans une relation plus profonde avec Dieu et avec notre prochain.

Les personnes seront encouragées à suivre le Christ quand elles verront comment son amitié a transformé personnellement le disciple missionnaire qui annonce et témoigne. L’amitié que nous décrit l’Évangile d’aujourd’hui ne semblerait pas être suffisante pour obtenir ce que l’on demande. En effet, elle doit être soutenue par l’insistance de la requête, par la certitude de la foi de celui qui demande et par la capacité de donner de celui à qui l’on s’adresse même dans des moments inopportuns. L’insistance mise sur la prière incessante, sans jamais se fatiguer (cf. Lc 18, 1), met à l’épreuve et renforce la foi comme rapport d’amitié, voire de paternité et de filiation. Les pains et l’Esprit, clairement mentionnés dans la prière, comportent des accents eucharistiques et baptismaux très clairs de l’amitié avec Jésus et du rapport avec son Père. « Bien plus, l’Esprit saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles » (cf. Rm 8, 26-27).

L’insistance de la prière pour avoir trois pains à partager avec son hôte souligne la communion qui nourrit et prend soin du prochain. La prière, si elle est authentique, ouvre le rapport d’amitié avec Dieu vers le prochain et nous pousse à la mission. Nous demandons pour obtenir quelque chose pour nous avec les autres, pour l’Église que nous formons ainsi grâce à l’Esprit du Père et au pain eucharistique que nous partageons. On ne demande pas seulement pour soi : ce ne serait pas une prière. On demande pour que grandisse la communion et que s’élargissent les frontières de la communauté de Jésus.

Dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape François souligne : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus » (cf. EG 1). Et il ajoute plus loin : « C’est seulement grâce à cette rencontre — ou nouvelle rencontre — avec l’amour de Dieu, qui se convertit en heureuse amitié, que nous sommes délivrés de notre conscience isolée et de l’autoréférence […] Là se trouve la source de l’action évangélisatrice » (cf. EG 8). Nous sommes « ceux auxquels Jésus offre son amitié » (cf. EG 27). Le pape François est convaincu que « nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel » (cf. EG 265). Notre foi missionnaire « est soutenue par l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter son amitié et son message » (cf. EG 266). Le pape François a souvent recours à une description simple et utile de la mission : « La mission est une passion pour Jésus, mais, en même temps, une passion pour son peuple » (cf. EG 268). Cela signifie que celui qui, comme missionnaire, fait l’expérience d’une rencontre profonde avec Jésus grâce à l’amitié personnelle cherchera, comme évangélisateur, à partager avec les autres les fruits de cette rencontre. À partir d’une rencontre personnelle de Dieu naît le désir d’être l’ami des autres en partageant avec eux l’amitié que nous avons avec le Seigneur Jésus.