Vendredi, 27e semaine du temps ordinaire

Mémoire facultative de saint Jean XXIII

Jo 1, 13-15 ; 2, 1-2

Ps 9, 2-3, 6, 16, 8-9

Lc 11, 15-26

L’Évangile d’aujourd’hui approfondit graduellement le thème du rapport avec Dieu et introduit une double conviction : la neutralité n’est pas possible et il n’existe pas d’états définitifs dans la vie de disciple, sinon celui de la fidélité à Dieu. La relation à Dieu se manifeste par la réduction du mal et par la victoire sur le mal.

L’Évangile relie donc le thème précédent, celui de la prière (cf. Lc 11, 1-13) à l’activité d’exorciste de Jésus ; précédemment la requête portait sur la venue du Règne, maintenant Jésus affirme qu’il est déjà en train d’arriver et que le signe principal est l’expulsion des démons. La chose la plus intéressante, c’est qu’alors que dans les versets précédents on insistait de diverses façons sur la relation de Jésus avec le Père, maintenant ses adversaires détournent le sens de ce qui a été dit auparavant et accusent Jésus d’agir en collusion avec Belzébul (cf. Lc 11, 15). Cependant, l’Évangile continue d’affirmer que Jésus, grâce à sa profonde communion avec Dieu, est capable de réduire et d’éradiquer le mal qui existe au-dedans des personnes et autour d’elles.

La neutralité n’est pas possible. Face à l’espérance d’une véritable diminution et élimination du mal, il est impossible d’être neutre, car, comme le dit Jésus : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse » (cf. Lc 11, 23). Dans l’engagement de rendre présent le Règne de Dieu, il faut donc prendre la décision d’être en faveur de Jésus, de nous rassembler avec Lui. Car, en un certain sens, ne pas faire le bien à la façon de Jésus signifie que l’on permet déjà le mal. Il n’y a pas d’états définitifs dans la lutte contre le mal sinon dans la victoire pascale de Jésus sur la mort.

Dans le cas des disciples, la condition fondamentale pour pouvoir s’unir à la construction du Royaume est la conviction que, au long du pèlerinage de la vie terrestre, il n’y a pas d’états définitifs. Pour expliquer ce concept, le troisième évangéliste introduit le récit des versets 24-26. Ainsi il devient clair que la transformation de la réalité advient non seulement parce que l’on fait quelque chose de bon, mais parce qu’on le fait constamment : se conformer est une façon de faire grandir le mal. En outre, quand l’esprit immonde revient, cette personne devient pire qu’avant, uniquement parce qu’elle n’avait pas cru en être libérée pour toujours.

Le disciple missionnaire a la tache, comme Jésus, de s’engager dans la lutte contre le mal et dans son éradication. Cette bataille contre le mal devrait être une de ses préoccupations principales, car elle manifeste authentiquement son rapport filial avec Dieu et sa communion avec Jésus. Curieusement, toutefois, le témoignage exige que le disciple se confronte à son humanité. D’un côté, en effet, il lui est demandé d’admettre qu’il est capable, en vertu de la grâce et de ses efforts, de participer à la mission du Seigneur (cf. Lc 9, 1-6 ; 10, 1-16). Cependant, à ces grandes possibilités que le Seigneur concède à ses disciples correspond aussi les limites humaines : en la personne de Pierre, les disciples sont présentés comme des pécheurs (cf. Lc 5, 8) ou, d’autres fois, comme des personnes vulnérables à la critique et au blasphème des chefs religieux. C’est le fait d’être avec Jésus, de lui appartenir, qui détermine et soutient la lutte contre toute forme de mal. Nous pouvons donc dire que Saint Luc ne craint pas la réalité : il présente les disciples en soulignant leurs vertus et leurs efforts, mais aussi leurs défauts et leurs égarements. En même temps, l’évangéliste, mais surtout le Seigneur Jésus, sait que leur grandeur réside dans la reconnaissance de cette limitation, car chaque disciple doit comprendre qu’il sera toujours en croissance, qu’il ne sera jamais en mesure d’obtenir, du moins dans la vie présente, des victoires définitives.

Le disciple missionnaire vivra toujours au gérondif : en se convertissant, en s’engageant, en apprenant ; car c’est précisément le jour où il veut vivre au participe — je suis converti, engage, instruit — qu’il commence à être imbu de lui-même et désireux de se sauver tout seul.