Lundi, 28e semaine du temps ordinaire

Rm 1, 1–7

Ps 98, 1-4

Lc 11, 29-32

La liturgie de la Parole se concentre aujourd’hui sur la puissance de l’annonce de l’Évangile. La parole annoncée déborde de salut, c’est pourquoi elle a besoin de trouver en nous des auditeurs prêts à l’accueillir et à l’écouter : « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur » (cf. Ps 95, 7–8).

Dans la première lecture, Paul se présente, lui et son apostolat, aux croyants de Rome, une communauté qu’il n’a pas fondée, mais qui lui tient profondément à cœur et à laquelle il désire demander de l’aide pour réaliser son projet d’évangélisation de l’Espagne. Pour mieux se faire connaître et pour instaurer une bonne entente spirituelle avec cette communauté qu’il n’a pas encore rencontrée personnellement, l’Apôtre s’attarde à parler de son ministère et de son appel. Son service du Christ et son apostolat auprès des païens s’enracinent dans l’extraordinaire mystère de son élection en vertu de laquelle le Christ Jésus l’a désigné pour annoncer l’Évangile de Dieu. Le service de Paul se fonde sur la parole du Christ, se nourrit de la parole du Christ et communique la parole du Christ. Sa vie est christocentrique. Au début de la lettre, on ressent le dynamisme du salut de Dieu qui, du particularisme, s’ouvre à l’universalité : dans le Christ, le salut n’a plus de destinataires privilégiés, mais s’adresse à tous, même aux lointains.

Quant à la péricope évangélique, elle nous parle des étrangers et de leur relation à Dieu. Le Maître est entouré par les foules qui l’assaillent et il dénonce une attitude déformante qui avilit l’expérience de la foi : la recherche spasmodique de signes. La génération avec laquelle Jésus a affaire est « mauvaise » (cf. Lc 11, 29), car elle demande continuellement des démonstrations extérieures, presque comme pour enfermer Dieu et sa volonté salvifique dans les paramètres étroits d’un rapport automatique, magique, de cause à effet, réglable et domptable par le pouvoir humain.

Jésus ne veut donner aucun autre signe, sinon celui de Jonas. Le livre de Jonas se situe entre les livres prophétiques […] et se présente comme un récit didactique sur l’existence d’un prophète envoyé prêcher hors d’Israël, à Ninive, capitale des Assyriens, ennemis païens acérés du peuple de l’alliance : d’authentiques étrangers, dans tous les sens du terme, et lointains par excellence. Cette mission inattendue fait faire à Jonas l’expérience de l’ardent désir de Dieu d’appeler à lui ceux qui sont loin, d’annoncer aussi son pardon aux païens et de les sauver grâce à la pénitence et à la conversion. Rebelle et réticent face à la Parole divine, Jonas devient le signe de l’action salvifique pour les Ninivites.

Le Fils de l’homme aussi est donné comme signe pour sa génération, le seul signe crédible. Déjà, dans la synagogue de Nazareth (cf. Lc 4, 25-27), Jésus rappelle que Dieu a envoyé ses prophètes Élie et Élisée, non seulement pour guérir des non-juifs, mais des païens. Maintenant, il montre qu’il n’est pas venu apporter le salut seulement à Israël, mais à tous. En son Fils fait homme, Dieu ouvre l’élection exclusive d’Israël à l’universalité.

Jésus, précisément parce qu’il est Dieu uni à chaque homme et chaque femme, par le signe éloquent de son humanité, requiert une véritable conversion de mentalité, un cœur nouveau disposé à l’écoute et à l’accueil de la logique divine qui veut que tous soient sauvés. Jésus montre à sa génération, à son peuple, que la reine de Saba, pourtant païenne, a reconnu dans la sagesse du roi Salomon la présence de l’amour du Seigneur; de même, les habitants de Ninive, bien qu’étrangers et pécheurs invétérés, ont accueilli l’invitation à la conversion face à la prédiction du malheur annoncée par le prophète Jonas. Le peuple de Dieu, en revanche, oppose une résistance à la visite de son Seigneur : c’est pour cela qu’il sera jugé par les lointains, par ce « non-Peuple » représenté par la reine du Sud et par les Ninivites.

Le drame de l’absence d’écoute de la part d’Israël, de son refus à reconnaître le passage de Dieu, le temps propice du salut, de la visite du Seigneur (cf. Lc 19, 44; Rm 9-11) se profile désormais. L’élection de prédilection d’Israël et les promesses de Dieu à son peuple ne créent ni supériorité exclusive ni privilèges. La logique de l’élection divine consiste dans le concret historique du salut et dans la représentativité vicaire de tous ceux qui, dans leur humanité, partagent la même origine et le même destin de créatures.

Par son expérience d’ensevelissement dans le ventre de la baleine, Jonas constitue une référence évidente à la Pâque de Jésus, l’ouverture efficace de la mission au salut pour tous, qui se trouve dans l’Église, dans son universalité et dans sa sacramentalité. Grâce à la mort et à la résurrection de Jésus, le peuple élu et les païens deviennent un unique peuple de rachetés (cf. Ep 2, 11-19) qui, dans le baptême, est associé à la Pâque du Seigneur (cf. Rm 6). Leur présence dans le monde comme envoyés et comme participants à la mission de Jésus est le signe visible et efficace du salut aujourd’hui à l’œuvre dans le cœur des personnes, sans discriminations ni refus de la part de Dieu.

Son Église, sacrement universel du salut, en état permanent de mission, est envoyée à tous et convoque tout le monde au Christ. Dans la persécution, elle revit la passion rédemptrice de son Seigneur; dans l’accueil, elle fait l’expérience de l’efficacité de Sa Pâque et, dans la croissance baptismale de ses enfants, elle connaît la généreuse fécondité de la miséricorde et du pardon de son Seigneur, Maître et Époux, Jésus-Christ.