Mardi, 28e semaine du temps ordinaire

Mémoire de sainte Thérèse d’Avila

Rm 1, 16–25

Ps 19, 2-5

Lc 11, 37-41

Dans la première lecture, l’égarement auquel l’homme s’est condamné contre la volonté de Dieu est relu par saint Paul à travers une sorte d’histoire du péché, qu’il expose aux croyants de Rome. Créé par Dieu pour la vérité et la justice, l’être humain s’est tourné vers l’impiété et l’injustice. Tout en contemplant le monde et en ayant la capacité de saisir, à partir des œuvres présentes dans la création, les perfections invisibles du Créateur, l’homme s’est égaré dans ses raisonnements et a fini dans les méandres aveugles de l’impureté, assujettissant son corps à toute sorte de plaisirs jusqu’à en faire un objet, et dans l’idolâtrie, en adorant et en servant les créatures plutôt que le Créateur. Il semblerait que Dieu ait permis cet égarement pour que l’homme apprenne à ne pas se fier à lui-même, mais à Celui qui seul rend juste.

Paul relit cette histoire de péché pour montrer que, même si l’homme ne mériterait rien de plus que la colère de Dieu à cause de cette folie qui l’a rendu orgueilleux, Dieu a choisi de l’aimer et donc de le justifier et de le sauver. Le juste par la foi vivra : la créature humaine n’a pas d’épreuves à surmonter devant Dieu, mais un amour immérité à accueillir, un amour qui opère une transformation extraordinaire parce qu’il fait du pécheur un juste, du pervers un racheté. Cet Évangile, entendu et écouté, est une véritable dynamis : une puissance qui dilate le cœur, l’ouvre à la foi et communique le salut. Il est contagieux et s’étend jusqu’aux frontières les plus reculées du monde, comme une sorte de témoin que le ciel donne à la terre et à l’ensemble du cosmos pour atteindre tout espace et tout temps, comme le rappelle le Psaume responsorial. Même les cieux, emplis de cette rédemption, chantent la gloire de Dieu.

La péricope évangélique tirée de l’Évangile de Luc nous fait découvrir, une fois de plus, un obstacle à la diffusion de la parole vivante et énergique du Maître : l’attachement démesuré des pharisiens à leurs traditions, attitude qui les empêche de saisir la portée salvifique universelle de la présence et des actions de Jésus. Alors que Jésus enseigne aux foules, un pharisien l’invite à déjeuner chez lui. Être admis à la même table est un geste d’accueil, mais aussi une marque d’estime et d’approbation. Entre les deux convives, il ne peut y avoir de barrières, mais uniquement familiarité et intimité. Jésus accepte l’invitation du pharisien, comme il accueille aussi celle des publicains, et il se met à table, non sans scandaliser celui qui l’a invité, car il néglige la pratique des ablutions que les pharisiens avaient coutume de pratiquer avant le repas.

En réalité, les rapports de Jésus avec les pharisiens ont toujours été très difficiles : en Lc 7, 36-50, un pharisien se scandalise parce que Jésus se laisse toucher par une femme pécheresse, dont il va même jusqu’à louer l’amour. En Lc 14, 1-6, il réprouve l’observance formaliste des pharisiens qui, du moment qu’ils respectent la Loi, seraient capables d’aller à l’encontre de l’amour, qui est la synthèse et le résumé de la Loi (cf. Mt 22, 37). En Lc 20, 45-47, Jésus met en garde contre l’hypocrisie des pharisiens qui font étalage de leur justice en recourant à des gestes extérieurs stériles et dénués de sens. Quand les traditions, les usages et coutumes sont imposés et observés de façon inflexible, ils éloignent de leur finalité secondaire et instrumentale consistant à éduquer au bien et à l’amour le cœur faible et influençable de l’homme et deviennent, au contraire, de véritables barrières de séparation et d’opposition.

Se convertir au dialogue aimant avec le Christ, qui n’a pas peur de surmonter les barrières, les préceptes stériles et les traditions vides, peut engendrer la vie et de nouvelles relations de communion, à l’intérieur desquelles la loi et les préceptes peuvent aussi aider à bien vivre la nouveauté du salut et de manière ordonnée. De l’extériorité du conservatisme on passe à l’intériorité du cœur aimant Dieu, uni au Christ, qui n’a pas peur de risquer jusqu’à sa vie, pour rester toujours en communion avec lui, pour inviter quiconque à ce banquet de vie et de joie.