Mercredi, 26e semaine du temps ordinaire

Mémoire des saints Anges Gardiens

 

Ne 2, 1-8

Ps 137, 1-6

Mt 18, 1-5, 10

 

Les deux lectures de la liturgie du jour, Néhémie 2, 1-8 et Matthieu 18, 1-5, 10, peuvent être comprises comme des textes emblématiques de l’Écriture pour tracer aussi une spiritualité missionnaire pour notre temps. Désormais bien introduit comme copiste à la cour du roi de Perse (cf. Ne 1, 11 b), Néhémie porte en son cœur le souvenir vivant et douloureux de Jérusalem qui a été détruite (cf. Ne 1, 5-11).

[…] Ce passage s’accorde avec le message sur le nouvel exode après la déportation babylonienne pour retourner sur la « terre de nos pères » (cf. Is 40, 9–11). C’est un dessein que le Seigneur lui-même trace pour son peuple, sans hésiter à utiliser l’autorité d’un païen, Cyrus, roi de Perse, un des puissants de la terre à l’époque (cf. Esdras 1, 1-4). Néhémie comprend que, dans sa position à la cour de l’Empire persan […] sa vocation ou mission doit être de reconstruire Jérusalem, au sens le plus large du terme : s’occuper des problèmes concrets des Juifs qui doivent reconstituer leur communauté cultuelle et administrative dans la province de Judée, avec Jérusalem pour épicentre.

Bien que vivant au sein de la cour impériale, Néhémie sait qu’il ne peut pas exprimer son identité juive la plus authentique, car sa douleur pour Jérusalem, détruite et abandonnée, pourrait être interprétée par le roi perse comme le début d’un mouvement subversif suscite par un membre d’une minorité ethnicoreligieuse à l’intérieur de l’Empire. La question du roi à Néhémie est donc directe : « Que veux-tu donc me demander? » (Ne 2, 4), comme s’il cherchait à déceler les vraies motivations […] Le copiste juif à la cour du roi risque de dire un mot de trop, fatal. « Je fis une prière au Dieu du ciel » (Ne 2, 4).

Dans le livre des Proverbes, en effet, il est dit : « À l’homme les projets du cœur, mais du Seigneur vient la réponse » (Pr 16, 1). À la lumière de cette foi, il peut alors demander d’être envoyé en Judée pour pouvoir reconstruire Jérusalem (cf. Ne 2, 5). Dès lors, tout se met rapidement en mouvement dans le sens voulu par le Seigneur. Le roi s’informe seulement du temps nécessaire pour mener cette mission en Judée, mais son accord est déjà clair (cf. Ne 2, 6).

Néhémie poursuit sa politique de prudence, nécessaire pour l’accomplissement de sa mission, mais désormais c’est le Seigneur qui agit (cf. Ne 2, 8). Le « missionnaire » a agi avec prudence dans un monde qui lui était hostile et au sein duquel il devait vivre; toutefois, prudence et sagesse n’auraient pas suffi sans la « main bienfaisante » du Seigneur. Le « missionnaire » devra maintenant apprendre à connaitre le monde palestinien à l’intérieur duquel il devra agir pour réaliser la mission à laquelle le Seigneur l’appelle.

L’épisode évangélique rapportant les paroles de Jésus sur la conversion à faire pour devenir comme des enfants, éclaire la profondeur de l’œuvre de conversion nécessaire au sein de l’Église, pour pouvoir accomplir la mission à laquelle nous sommes appelés. La mission peut être polluée de l’intérieur de la communauté des disciples de Jésus par les tentations de l’orgueil, de la volonté d’être les meilleurs et du pouvoir, même enrobé de langage religieux (cf. Mt 18, 1).

[…] À la pollution de toute mission, Jésus oppose un geste significatif et un engagement vital : se faire petits comme les enfants. (cf. Mt 18, 2-4) Quiconque ressent qu’il est appelé a une mission dans l’Église, comme en dehors de ses frontières, a besoin d’une conversion très exigeante : devenir comme un enfant. […] Chaque disciple de Jésus, qui perçoit qu’il est appelé à une mission, doit avoir foi en Dieu, lui faire confiance et s’abandonner a lui. Le disciple missionnaire doit avoir une confiance démesurée, comme celle qu’ont les enfants en leurs parents, sûrs de leur amour et de leur protection, et confiants dans le présent qui, pour eux, est déjà le commencement du futur.

[…] Le chrétien qui est réellement devenu enfant, dans le sens dont parle Jésus, apprend avec la vie que la fécondité de sa mission est dans les mains de Celui qui a fait ressusciter le Christ de la mort et qui l’envoie. Malheur à la communauté chrétienne qui estimerait cette foi insignifiante […] : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10).

Devenir un enfant offre au disciple missionnaire la forme de son rapport à Jésus, son Maitre et Seigneur. En lui, il découvre la vocation filiale d’enfant du Père, et sa libre obéissance, fruit d’une appartenance dans la foi et dans la mission. Fils ou fille dans le Fils, chaque disciple est missionnaire, car il est envoyé pour annoncer, soutenu et accompagné par les anges, messagers divins qui lui permettent de demeurer ouvert à la contemplation, fondement de sa mission, et aux défis du monde qui représentent le lieu de sa conversion et de son témoignage.

Comme l’ange gardien auquel chacun de nous est confié, le disciple-enfant ne cesse de contempler en Jésus le visage du Père, pour découvrir toujours et en tout homme, le visage d’un frère ou l’existence d’une sœur à aimer et à sauver.