Dimanche, 29e semaine du temps ordinaire

Année C

Journée Mondiale des Missions 2019

Es 17, 8-13

Sal 121, 1-8,

2 Tm 3, 14-4,2

Lc 18, 1-8

La première lecture, qui raconte la bataille entre Amaleq et Israël et qui tombe précisément en ce dimanche que l’Église consacre à sa mission évangélisatrice dans le monde, peut causer un certain embarras pour ceux qui veulent parler de l’importance de cet engagement chrétien. Le texte peut être interprété à tort comme une incitation à la guerre sainte ou à un prosélytisme fanatique. Au contraire, la mission tend à l’annonce de la Pâque de Jésus et de sa divine réconciliation. Elle a pour but de témoigner de Jésus-Christ, de communiquer son Évangile, de fonder son Église, dans un climat de fraternité sincère, de liberté religieuse authentique et respectueuse dans la recherche commune d’une plus grande communion et d’une plus grande justice dans le monde. Le chrétien baptisé et envoyé ne possède pas un produit à vendre et à imposer au monde. Comme Église du Christ en mission, il reçoit la vie divine à annoncer, à témoigner et à communiquer pour son salut et le salut de tous.

Le texte biblique d’Exode 17, 8-13 renferme la mémoire d’un épisode où Israël, peuple fugitif en quête d’une terre sur laquelle s’établir, se voit menacé d’anéantissement et lutte pour sa survie. Sûr d’obtenir la victoire — ainsi que la libération d’Égypte — uniquement grâce à l’aide de Dieu, le peuple d’Israël conserve le souvenir de cette bataille, et des autres qui suivront, comme témoignage de sa foi dans le vrai Dieu, Seigneur du ciel et de la terre, qui vient au secours des faibles et libère les opprimés. C’est la louange que le Psalmiste fait monter avec confiance et gratitude vers le Seigneur, le gardien d’Israël : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre » (cf.Ps 121, 1-2). Les éléments d’agressivité, de haine et de vengeance qui, historiquement, accompagnaient cette modalité vétérotestamentaire d’interpréter la foi ont dû être progressivement purifiés, au cours des siècles, par des personnes saintes, comme les prophètes et les sages, puis, d’une manière définitive, par le Seigneur Jésus, le Prince de la Paix et de la Justice, annoncé par leurs oracles et attesté depuis des siècles.

Ce qui était signifié par la force et la violence de l’extermination des idoles et des païens devient, en Jésus, passion ardente et amour enflammé pour le salut de tous. La Croix de Jésus est le lieu où le mal est vaincu par l’amour de Celui qui meurt pour nous, qui meurt à notre place en faisant sienne l’expérience de notre mort. Il meurt également pour le salut de ses persécuteurs et de ses ennemis. Toute vengeance est anéantie par le Dieu de Jésus-Christ en qui la haine et la mort causent et provoquent, dans la communion trinitaire, un amour toujours plus grand et une miséricorde toujours plus efficace. Dieu a détruit notre péché, l’injustice et la mort en les faisant siens, et il les a anéantis par son amour illimité. […] « Dans le Mystère pascal s’est véritablement réalisée notre libération du mal et de la mort » (Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, 9).

[…] Dans cette perspective, la deuxième lecture nous montre comment Paul enseigne à Timothée l’importance des Écritures : « Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus-Christ » (cf. 2 Tm 3, 15). En effet, Timothée les a étudiées dès son enfance, comme tout enfant juif. […] Timothée est un jeune qui, avec sa famille, a embrassé la foi au cours du premier voyage missionnaire de l’Apôtre Paul et qui, par la suite, devient membre de son groupe missionnaire. Fils d’une mère juive et d’un père grec, Timothée reçoit dès l’enfance une éducation religieuse solide et profonde de sa grand-mère Loïs et de sa mère Eunice, qui l’introduisent à la connaissance des Saintes Écritures. Cet élément se base sur le fait que les Écritures sont inspirées par Dieu et que, si elles sont bien expliquées, elles nous encouragent à la pratique des bonnes œuvres et nous édifient dans la justice et la sainteté.

Le zèle missionnaire authentique n’est pas un prosélytisme violent, c’est le désir d’un cœur fraternel empli du Christ et mû par l’Esprit saint pour coopérer au salut et au bonheur de toutes les personnes, de toutes les ethnies, en partageant les valeurs éthiques et culturelles, les espérances et les joies, en quête d’une vie pleine et d’une paix véritable, qu’est Jésus mort et ressuscité. Voilà pourquoi Paul exhorte Timothée avec vigueur afin que, dans l’attente de la Parousie du Seigneur, il se consacre corps et âme à l’enseignement de la Parole. L’Apôtre mentionne souvent dans ses lettres le service rendu par Timothée à l’œuvre d’évangélisation : toujours disponible et attentif, il accompagne avec générosité et affection les communautés ecclésiales.

[…] Dans l’Évangile de ce dimanche, la parabole de Jésus parle d’une femme pauvre à laquelle un juge corrompu a refusé le droit de s’exprimer. […] La veuve n’est pas une amie du juge, elle n’est donc pas reçue en audience. Cette veuve a perdu le soutien de son mari et, dans le monde palestinien du 1er siècle, elle n’a pas pu hériter de sa propriété. […] Jésus expose le raisonnement intérieur du juge, profondément corrompu, qui ne s’intéresse absolument pas à la plainte de la veuve et demeure indifférent à sa personne : il ne craint pas Dieu et ne se soucie pas du bien des hommes. La veuve est déterminée à se faire voir et à se faire entendre, même d’un juge malhonnête, tant que l’affaire n’aura pas été résolue en sa faveur.

Cette parabole sert, de fait, à Jésus pour montrer la nécessité de la prière, de son urgence et de sa continuité. Si la prière constitue le cœur de la mission de l’Église, c’est parce qu’à l’intérieur de ce rapport personnel et ecclésial avec Dieu (Liturgie), la personne et les communautés sont rénovées selon les critères du salut offert et accompli par Jésus. Sa question sur la foi au moment de son retour semble indiquer une certaine préoccupation du Maître quant à l’efficacité de la mission et à l’authenticité du témoignage des disciples missionnaires. Associés au Mystère Pascal, grâce au baptême, ceux-ci se retrouvent déjà envoyés dans le monde comme Église du Christ, placée comme germe et commencement du Royaume afin que toute l’histoire et l’humanité soient transfigurées et rachetées. L’efficacité de la prière incessante, de la supplique constante, de la recherche insistante de l’amour pour la vérité et la justice, forge le disciple à la mission. Seul celui qui prie avec insistance place le Christ au centre de sa vie et de la mission qui lui est confiée, en grandissant dans la foi. Seul celui qui prie avec insistance devient attentif et capable d’écouter, d’apercevoir et de découvrir les besoins et les requêtes de rédemption matérielle et spirituelle si présents dans le cœur de l’humanité d’aujourd’hui.