Vendredi, 29e semaine du temps ordinaire de la Férie

Rm 7, 18-25a

Ps 118, 66.68.76-77.93-94

Lc 12, 54-59

Paul a affirmé que la Loi avait été le motif de la prolifération du péché, devant alors faire face à de nombreuses critiques. L’objectif de l’Apôtre n’est toutefois pas seulement de faire remarquer que la Loi n’a pas le pouvoir de transformer ni de sauver l’être humain : elle montre à peine ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, et finit ainsi par mettre en avant tous ses manquements. Voilà pourquoi Paul répond sans l’ombre d’un doute : la Loi est bonne et sainte, mais le problème c’est qu’à travers elle le péché, c’est-à-dire la transgression des commandements, se manifeste dans toute sa gravité. La Loi place le peuple devant la voie de la vie et la voie de la mort.

Paul connaît très bien le drame intérieur que vit chaque personne, en particulier quand elle s’efforce de suivre le sentier de la perfection. Par sa raison et sa volonté, l’être humain connaît et désire faire le bien, conformément aux commandements, mais il sent en lui une tendance, une impulsion à faire le mal. Cela démontre qu’il est esclave et qu’il a besoin d’une force libératrice qui ne peut pas venir de lui. Nous sommes nés dans la faute personnelle, mais nous portons les signes du péché, du désordre cosmique et nous souffrons de ses conséquences. En effet, dit Paul, « je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (cf. Rm 7, 19).

L’être humain fait l’expérience de cette contradiction dramatique et se demande : qui peut me libérer de mon « moi » gracile, charnel, pour vivre un nouveau « moi » assaini, spirituel, qui plaît à Dieu? Paul sait que Jésus est l’unique source de grâce et notre rédemption. Il nous exhorte donc à louer et à rendre grâce à Dieu, avec lui, pour prier avec le Psalmiste en disant : « Que j’aie pour consolation ton amour selon tes promesses à ton serviteur! Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai » (cf. Ps 119, 76–77). Celui qui observe fidèlement la Loi doit être très attentif à ne pas tomber dans le grave péché de l’orgueil, comme le pharisien dans le temple qui, méprisant les autres, se considérait juste devant Dieu, contredisant ainsi ce que dit l’Écriture : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur : aucun vivant n’est juste devant toi » (cf. Ps 143, 2). Il se peut aussi qu’il n’ait pas le courage de poursuivre jusqu’au passage suivant, là où conduit la Loi. Celui qui observe les commandements est sur la voie qui mène à la vie éternelle, comme le montre l’épisode d’une personne qui demande à Jésus : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage? » (cf. Lc 18,18). Le Seigneur confirma alors que ce jeune homme était sur la bonne voie. Ce chemin l’avait conduit à Jésus, pour qu’il continue dans sa recherche, car Jésus est lui-même le « chemin » qui conduit à la vie (cf. Jn 14, 6) et la « porte » d’entrée du Royaume (cf. Jn 10, 7-9).

Quand Paul, par la lumière de la grâce, comprit cela, il n’hésita pas à suivre la voie de Jésus de toute sa force, de tout son cœur et de tout son esprit. Mais le jeune homme, qui était très riche, n’en eut pas le courage. En s’adressant aux foules, qui savent discerner les signes de la nature par leur expérience et leur intelligence, Jésus, le Maître Divin, leur reproche deux manquements : leur incapacité à discerner le temps présent et leur incapacité à juger ce qui est juste. Elles savent interpréter le temps chronologique et le temps météorologique, mais elles ne parviennent pas à percevoir la présence du temps salvifique. Dans son discours programmatique à la synagogue de Nazareth, citant le prophète Isaïe, Jésus avait déclaré qu’il inaugurait l’année du Seigneur, « l’aujourd’hui » du salut, où les promesses des Écritures touchent à leur accomplissement          (cf. Lc 4). À partir de là, toute l’œuvre de Jésus, en paroles et en actions, fut une inlassable mission évangélisatrice. Beaucoup de ceux qui l’écoutaient et étaient témoins de ses œuvres étaient dans l’admiration et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui! » (cf. Lc 5, 26).

Aux disciples du Baptiste qui lui demandaient s’il était vraiment le Messie ou s’il fallait en attendre un autre, Jésus répondait en leur montrant les fruits de son action évangélisatrice : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (cf. Lc 7, 22). Et si, d’un côté, Jésus montre son affliction d’être persécuté et entravé par les autorités politiques et religieuses, par les puissants et par les propriétaires terriens qui ne connaissent aucun repentir et refusent toute opportunité de conversion, de l’autre, il s’extasie en voyant la joie et la simplicité des humbles qui accueillent la lumière de sa parole et deviennent ses disciples pour entrer dans le Royaume. Toutefois, exultant dans l’Esprit saint, Jésus déborde de louange et d’action de grâces envers le Père, pour avoir caché ces choses aux sages et aux savants et les révéler aux tout-petits.

Vu l’importance de l’enjeu, nous devrions nous montrer moins experts dans la lecture des phénomènes naturels et plus lucides dans la compréhension du temps de l’histoire et du temps de Dieu; cette dernière attitude serait moins nuisible que celle qui est reprochée par Jésus. Comme il s’agit essentiellement de la grâce de la révélation messianique, il est urgent et décisif de l’accueillir au moment même où elle se présente, pour lui donner toutes les possibilités de produire les fruits de salut dont elle est porteuse. Cela ne peut être possible qu’en répondant dans la liberté et l’obéissance aux appels spéciaux à la conversion, adressés par le Seigneur en chemin vers Jérusalem. Il est tout aussi nécessaire d’accorder l’attention qui leur est due aux signes particuliers de ce temps que la présence du Christ enrichit d’une nouveauté absolue, en lui faisant acquérir une incroyable signification historique et providentielle pour notre salut.