Jeudi, 26e semaine du temps ordinaire de la Férie

 Ne 8, 1-12

Ps 19, 8-11

Lc 10, 1-12

 

Les livres d’Esdras et de Néhémie proposent, en une épopée religieuse et de foi, les moments saillants de la reconstitution de la communauté du peuple de Dieu sur l’ancienne terre des pères après l’exil à Babylone. Entre épreuves et souffrances, le projet du Seigneur, annoncé en Isaïe 55, 12-13 se réalise, même s’il a dû pour cela passer par les décisions d’un roi païen […] : selon 2 Chroniques 36, 22-23 et Esdras 1, 1-4, la politique de Cyrus envers la minorité ethnicoreligieuse juive doit être entendue comme l’expression d’un oracle du Seigneur lui-même.

Toutefois, le retour […] ne se présente pas comme une épopée heureuse à moindre coût. Le projet du Seigneur s’accomplit à travers les diverses caravanes d’exilés qui rentrent sur la terre de leurs pères, dans une « histoire sainte » dont le modèle est celui de la sortie d’Égypte jusqu’à l’entrée dans la terre promise (cf. Ne 8, 17). Dans le livre de Néhémie, la reconstruction du Temple et de la ville de Jérusalem s’accomplit à travers la consolidation de la communauté selon les indications de la Loi (cf. Ne 8, 1-10, 40), par la vaste participation des membres de la communauté (cf. Ne 11, 1; 12, 26), lors de la fête de la Dédicace de la « maison de Dieu » (cf. Ne 12, 27; 13, 3) et par la vérification des engagements pris (cf. Ne 13, 4. 31).

La célébration solennelle de la liturgie de la parole pour la Fête des Tentes représente une phase décisive dans la reconstitution de la communauté cultuelle sur la terre des pères. Le premier jour de la fête, la liturgie de la parole se tient en plein air (cf. Ne 8, 1-2), car toute la terre des pères est un lieu saint, en particulier la ville de Jérusalem, la Torah est aussi plus grande que le Temple et ses sacrifices. Esdras, prêtre et scribe, doit être vu et écouté de tous lorsqu’il proclame la Loi de Moïse (cf. Ne 8, 4), tandis qu’un autre groupe de personnes et les lévites ont pour tâche de lire des passages distincts de la Loi et d’en expliquer le sens au peuple (cf. Ne 8, 7-8).

[…] La compréhension authentique de la Parole du Seigneur suscite les larmes (cf. Ne 8, 9, 11), signe d’un repentir sincère, surtout par la prise de conscience d’avoir offensé la sainteté du Seigneur, d’avoir méprisé son amour et sa miséricorde, selon le langage prophétique. Par un don du Seigneur, la Parole a atteint le cœur de tous et les entraine sur le chemin de la conversion. Ainsi, la célébration liturgique devient une icône pour chaque génération de croyants, bien au-delà du simple événement historique initial. La douleur et les pleurs se transforment dans la joie de la Parole du Seigneur retrouvée (cf. Ne 8, 9) […] L’appel de soixante-dix ou soixante-douze disciples par Jésus, six disciples représentant chacune des douze tribus de l’Israël de Dieu, advient après l’appel des Douze (cf. Lc 9, 1-6). Les deux missions voulues par Jésus sont subordonnées à son passage personnel et le préparent. La préparation à la mission consiste dans l’appartenance à la communauté des disciples de Jésus, au sens le plus large du terme, même parmi les non-juifs : c’est la personne même de Jésus qui devient Parole de Dieu, par analogie au rôle assumé par la Loi de Moïse (cf. Ne 8, 1) dans la communauté à l’époque d’Esdras et de Néhémie. Dans la communauté primitive de ses disciples, Jésus commence à expliquer les Écritures comme un Évangile (cf. Lc 24, 44-48), car la fonction d’une lecture des Écritures est essentielle, une lecture expliquée et comprise, dans la communauté des disciples de Jésus (cf. Lc 24, 25-35).

En confiant aux disciples la mission d’annoncer le « Royaume de Dieu », Jésus précise aussi les modalités de la mission : les moyens et la pratique (cf. Lc 10, 1-11). On y reconnait les caractéristiques […], mais aussi l’urgence et la priorité absolue de la mission par rapport à la culture de l’époque (cf. Luc 10, 4). C’est une pratique missionnaire très ramifiée, pas une pratique de masse (cf. Lc 10, 2), exposée aux dangers (cf. Lc 10, 3). C’est une annonce (cf. Lc 10, 5; 24, 36), confortée par des gestes aussi bien en faveur des évangélisateurs que des évangélisés (cf. Lc 10, 8-9a) dont l’objet est que le « Royaume de Dieu » est proche (Lc 10, 9 b) : la venue du Seigneur Jésus et son passage (cf. Lc 10, 1). […] Les instructions de Jésus sur le comportement des disciples en cas de refus de les accueillir ou d’accueillir l’annonce du « Royaume de Dieu » sont modelées sur la priorité de la mission (cf. Lc 10, 10-11), selon une pratique que Paul et Barnabé adopteront, eux aussi, face à l’opposition de la communauté juive (cf. Ac 13, 44-51). Jésus entend rassurer ses missionnaires sur le fait que le refus à leur égard ne les concerne plus, mais concerne le Seigneur (cf. Lc 10, 12). Le refus et la persécution de Jésus peuvent même devenir des opportunités de configuration des disciples missionnaires à la Pâque de leur Maître. […] Le jugement du salut des villes auxquelles on porte l’annonce de la proximité salvifique de la Pâque de Jésus-Christ […] demeure la propriété divine totale du Père. Il n’est permis à personne d’anticiper la condamnation et la damnation (cf. Mt 13, 24-43) : il est demandé aux disciples missionnaires de brûler de la même passion et du même amour pour le monde, afin que tous soient sauvés, en allant chercher les hommes et les femmes de chaque génération, de chaque lieu et ville, afin que personne ne vienne à manquer de gens pour leur annoncer l’Évangile du salut.