Jeudi, 30e semaine du temps ordinaire de la Férie

 

Rm 8, 31b-39

Ps 109, 21–22.26–27.30–31

Lc 13, 31-35

Alors que nous approchons de la fin de l’année liturgique, la parole de Dieu nous accompagne dans la montée de Jésus à Jérusalem, où le Seigneur célèbrera son « exode », c’est-à-dire le Mystère Pascal de sa mort-résurrection. Les obstacles et les dangers qu’il a rencontrés et surmontés avec courage tout au long de cette route ont été nombreux, de la tentative de ses concitoyens de Nazareth de le précipiter du sommet de colline jusqu’à la menace de mort Hérode Antipas. En Galilée, être recherché par Hérode n’est qu’une autre des persécutions, et ce ne sera pas la dernière. Tout en sachant que quelque chose d’encore plus terrible l’attend, dans la ville sainte, confirmant la triste tradition de l’impiété de Jérusalem, Jésus ne recule pas. Aucune menace ne peut l’empêcher d’avancer pour affronter le jour fixé ni faire vaciller sa détermination à réaliser le dessein de salut que le Père lui a confié.

Beaucoup de prophètes et de justes avaient déjà dénoncé, à Samarie et à Jérusalem, les fautes et les crimes des autorités politiques et religieuses d’Israël. Presque tous ceux qui furent envoyés subirent des persécutions et furent mis à mort. L’assassinat de Jean-Baptiste n’est que le dernier d’une longue série de crimes perpétrés. Jésus n’a pas besoin de révélations ou de visions extraordinaires pour savoir ce qui serait arrivé s’il avait interféré avec les puissants de la ville de Jérusalem, la Cité du Seigneur Dieu, le grand Roi; la ville qui lui appartenait de droit, comme le proclame l’Alléluia : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux! » (cf. Lc 19, 38). Il est venu en paix, plein d’une tendresse toute maternelle pour rassembler et sauver ses fils, comme une poule protège sa couvée sous ses ailes. Il est venu pour pardonner et sauver son peuple, malgré les nombreuses fautes du passé. D’eux — comme de nous tous — il ne prétend que le fruit d’une conversion sincère : la pratique de la foi en Dieu et de la justice.

Mais qu’adviendrait-il si la conversion prévue n’avait pas lieu? Et s’il était rejeté et persécuté comme les prophètes? Et si son audace le conduisait à la lapidation ou à la mort sur une croix, cela en vaudrait-il la peine? Pourquoi quelqu’un devrait-il courir ce risque et mettre sa vie entre les mains d’hommes notoirement corrompus et cruels? L’Apôtre Paul n’a qu’une réponse : en vertu de son amour pour nous. Tout, absolument tout ce que Dieu aurait pu faire pour nous prouver son amour, il l’a fait en nous envoyant son Fils. Comment pouvons-nous encore douter de l’amour salvifique de Dieu, après tout ce que son Fils a fait pour nous, pécheurs? Le livre de la Sagesse prophétisait déjà la victoire finale des justes par amour de Dieu et de son éternelle fidélité, en disant : « Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait » (cf. Sg 3, 4).

Le sage a proclamé que les justes qui subissent les épreuves sont trouvés dignes de Dieu, car ils mettent leur confiance en son amour jusqu’à la fin, jusqu’à la mort. Par conséquent, ce n’est pas dans la prospérité terrestre ou parce qu’ils sont épargnés par les tribulations que se manifestera la bénédiction et la récompense divines, mais dans la gloire de la vie immortelle, que l’on reçoit pour ne pas avoir douté de son amour et de ses promesses, même dans les épreuves les plus difficiles. Maintenant que cette expérience a été confirmée et est devenue réalité dans le Christ, Paul ne peut contenir la voix de l’Esprit qui crie dans son cœur, faisant monter son chant de louange à l’indescriptible mystère de l’amour de Dieu pour nous. Cet hymne, d’une grande intensité lyrique, est probablement la synthèse la plus poétique de l’Évangile de Dieu, l’Évangile de son Fils, l’Évangile du Christ, la Bonne Nouvelle annoncée à tous par l’Apôtre, juif ou païen, avec une détermination inébranlable et un inlassable dévouement, afin que tous puissent être féconds de salut par l’obéissance de la foi. Telle est la réponse de Paul à la question de Jésus à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » (cf. Mt 16, 15). Jésus est le Fils de Dieu qui s’est livré pour nous tous, la preuve vivante, éternellement resplendissante, de l’amour incorruptible de Dieu le Père pour nous tous, pour toute l’humanité et pour toute la création.

Le pape François écrit : « Cette transmission de la foi, cœur de la mission de l’Église, arrive donc par la “contagion” de l’amour, où la joie et l’enthousiasme expriment le sens retrouvé et plénier de la vie. La propagation de la foi par attraction exige des cœurs ouverts, dilatés par l’amour. À l’amour il n’est pas possible de mettre des limites : l’amour est fort comme la mort (cf. Ct 8, 6). Et cette expansion suscite la rencontre, le témoignage, l’annonce; elle suscite le partage dans la charité avec tous ceux qui, loin de la foi, se montrent indifférents à elle, parfois hostiles et opposés. Des milieux humains, culturels et religieux encore étrangers à l’Évangile de Jésus et à la présence sacramentelle de l’Église représentent les périphéries extrêmes, les “extrêmes confins de la terre”, vers lesquels, depuis la Pâque de Jésus, ses disciples missionnaires sont envoyés, dans la certitude d’avoir toujours leur Seigneur avec eux (cf. Mt 28, 20; Ac 1, 8). En cela consiste ce que nous appelons la mission ad gentes. La périphérie la plus désolée de l’humanité qui a besoin du Christ est l’indifférence envers la foi ou encore la haine contre la plénitude divine de la vie. Chaque pauvreté matérielle et spirituelle, chaque discrimination de frères et de sœurs est toujours une conséquence du refus de Dieu et de son amour » (Message du pape François pour la Journée mondiale des Missions 2018, 20 mai 2018).

Le Christ est l’amour qui demeure pour toujours en nous et qui réveille ceux qui dorment du sommeil de la mort; qui traverse notre histoire depuis le commencement pour arriver jusqu’à la fin des temps et au-delà; qui descend dans les profondeurs et qui pénètre dans les cieux; qui nous sauve de toute peur et de tout esclavage, de tout ennemi et oppresseur; qui nous libère dans la gloire de la vie en communion. C’est l’amour qui nous rend forts, confiants, audacieux, invincibles, non seulement face aux ennemis humains et visibles, mais aussi face aux esprits invisibles, car Dieu est avec nous. L’accusation qui pesait contre nous a été retirée, le péché a été pardonné, l’amour a triomphé de la haine, l’injustice a été vaincue. L’affliction et l’angoisse ont reçu leur consolation, l’abîme a été comblé et les sommets sont descendus vers nous, la mort a cédé la place à la vie et le temps a ouvert ses portes à l’éternité. En son Fils Jésus, Dieu a manifesté son amour et sa fidélité. À présent, rien ne pourra jamais nous séparer de cet Amour. Le moment est venu pour nous aussi d’élever notre voix avec joie, en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! », celui qui vient pour notre salut.