Mardi, 27e semaine du temps ordinaire de la Férie

 

Jon 3, 1–10

Ps 130, 1b-4ab.7-8

Lc 10, 38-42

« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville païenne, proclame le message que je te donne sur elle »    (cf. Jon 3, 2). Après quelques divagations, Jonas se retrouve face à l’appel insistant de Dieu. Le Seigneur ne l’a pas oublié et lui renouvelle son ordre missionnaire : cette fois, il ne peut pas y échapper. Que de fois nous sommes, nous aussi, comme Jonas, prêts à trouver des excuses pour éviter d’accomplir notre devoir missionnaire ! Le monde dans lequel nous vivons et auquel nous sommes envoyés est tellement païen que Ninive se trouve pratiquement à chaque porte, à chaque ville, à chaque carrefour que nous rencontrons.

Jonas se leva et, selon la parole du Seigneur, partit pour Ninive, une ville extraordinairement grande : il fallait trois jours pour la traverser. Le monde à évangéliser nous semble également immense et devant nous se dresse l’incrédulité massive et apparemment impénétrable. Le style de vie moderne, la société de consommation, la course folle à l’argent et à un bonheur qui se révèle fictif : telle est la Ninive contemporaine.

« Encore quarante jours, et Ninive sera détruite ! » (cf. Jon 3, 4) Nous comprenons la réticence du prophète, du fait qu’il doit parler à ces « méchants païens » qu’il voudrait voir punis par Dieu. Mais Dieu est Dieu, c’est-à-dire plein de miséricorde pour ses enfants. Et bien que le prophète n’ait aucune confiance dans la possibilité d’une conversion de leur part, les habitants de Ninive se tournent pourtant radicalement vers Dieu. « Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac » (cf. Jon 3, 5).

La prédication des prophètes au cours des siècles n’avait pas été suffisante pour convertir le peuple d’Israël, mais voilà que la prédication d’un seul jour suffit à changer le cœur des habitants de Ninive si méprisés. C’est la merveille de Dieu : il nous surprend toujours dans nos attentes pastorales. Jésus lui-même y fait référence dans l’Évangile : « Les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas » (cf. Mt 12, 41). Dieu leur a fait miséricorde : en d’autres termes, cela signifie que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion (cf. Ez 33, 11). Même au moment où Dieu semble devoir recourir au châtiment, c’est l’amour et l’amour seul qui prévaut dans la foi qui sauve.

Le monde a besoin qu’on le lui annonce aujourd’hui encore. Jonas est envoyé pour entrer dans la ville de Ninive, dans les relations de ses habitants, par sa présence prophétique et sa prédication de conversion. Jésus est envoyé par le Père pour entrer au cœur de la ville, dans la maison de Marthe et Marie. La joie de la conversion inattendue des habitants de Ninive suscite une résistance dans le cœur de Jonas. La joie du service et de l’écoute en présence du Maître font de Marthe et Marie de vraies sœurs dans le cadre des disciples missionnaires de Jésus.

Franchir le seuil d’une maison signifie entrer au cœur des relations et découvrir à la fois les joies et les affections, les blessures et les fragilités de la vie en famille. Nous sommes des êtres de chair et chaque relation profonde tissée avec ceux qui semblent s’approcher de nos besoins nous le rappelle : Jésus, homme et Seigneur de notre histoire, a les traits de celui qui sait se faire extrêmement proche de notre cœur. Si proche qu’il entre dans notre maison. Jésus, en chemin vers Jérusalem, en chemin vers le Mystère de sa mort et de sa résurrection, ne fait rien d’autre en franchissant la porte de cette maison, que de franchir le seuil du cœur de Marthe et de Marie. La maison de Béthanie, reconnue comme étant la maison des affections, nous révèle l’humanité du Christ, qu’il est Jésus de Nazareth et qu’il ne reste pas étranger aux souffrances et aux difficultés humaines : il pleure, il écoute, il console, il prêche, il essuie les larmes, il s’offre lui-même comme nourriture et comme boisson (Eucharistie). Voilà ce que signifie « entrer dans une maison ». Jésus entre intimement dans la maison de Béthanie ; il le fait comme un ami, en mettant en jeu son cœur et ses relations avec les vivants et les morts (cf. Jn 11).

Jésus se laisse prendre entièrement par la mission qui lui a été confiée par son Père. Il nous appelle à bouleverser notre façon de penser et d’agir : à travers le personnage central de la femme, tout agitée par son service, de nouvelles règles sont proposées en ce qui concerne l’hospitalité réservée au Christ par les disciples, pour ce qui est du salut à vivre et à communiquer. Les vocations de Marthe et de Marie sont deux vocations différentes et complémentaires, mues par une même intention : reconnaître l’unicité de Celui qui a frappé à la porte (cf. Ap 3, 20). Les deux femmes ne sont donc pas chacune une antithèse de l’autre, comme on l’a trop souvent souligné. Servir et écouter sont des actions réciproques, et non pas opposées, au sein de la mission que Jésus confie à l’Église pour le salut du monde. La présence de Jésus demande que l’on se mette en chemin pour entrer dans le cœur de chaque homme par l’écoute de la Parole et le service fraternel, par l’annonce de la Pâque de résurrection et par le banquet eucharistique de la réconciliation qui crée communion et unité. Tout cela advient dans la maison de Béthanie, où la mort de l’ami Lazare est l’occasion de purifier et de fortifier son écoute, son service et sa foi dans la mort et la résurrection de Jésus, Ami et Seigneur.