Mercredi, 27e semaine du temps ordinaire

Mémoire facultative de saint Denis, évêque, et de ses compagnons martyrs

Mémoire facultative de saint Jean Leonardi

Ps 86, 3–6.9–10

Lc 11, 1-4

Le Notre Père est plus qu’une prière ; comme le disait Tertullien, c’est « le résumé de tout l’Évangile », car nous y trouvons les principes fondamentaux, ainsi que les espérances les plus profondes et les exigences les plus déterminantes des disciples de Jésus.

L’Évangile de Luc nous présente, en premier lieu, le don de pouvoir appeler Père le Dieu de Jésus-Christ. Considérer Dieu comme un Père n’est pas quelque chose d’étrange dans l’Ancien Testament (cf. Dt 32, 6; Mal 2, 10; Jr 3, 19; 31, 9; Ps 103, 13). Mais s’adresser à lui, comme le fait Jésus, avec la tendresse particulière et l’intimité d’un enfant qui s’exclame « Père », c’est insolite. Le Seigneur appelle Dieu « Abba » à juste titre, puisqu’il est le Fils du Père éternel.

Dans la foi, Jésus accorde à ses disciples, en leur enseignant à prier, la capacité de s’adresser à Dieu comme à un Père éternellement miséricordieux et infiniment aimant. Il leur concède d’entrer dans sa communion filiale. Dans le troisième Évangile, le Notre Père est le point d’aboutissement de la question posée par un docteur de la Loi à Jésus sur ce qu’il doit faire pour avoir la vie éternelle en héritage (cf. Lc 10, 25 sq.) : Être disponible à l’écoute est déterminant, de même que traiter les autres avec miséricorde, tous sans exception. La mission de Jésus dans la foi et dans la prière nous ouvre à la paternité de Dieu, fondement de notre fraternité de fils.

Une des espérances les plus profondes mises en évidence par le Notre Père est la sanctification du Nom de Dieu. Il est vrai que le Nom de Dieu est saint en soi (cf. Lévitique 11, 44; 19, 2; Ps 33, 21) ; toutefois, le désir que le Nom de Dieu soit sanctifié détermine l’engagement à vivre comme le peuple qui lui appartient : « Vous garderez mes commandements et les mettrez en pratique. […] Vous ne profanerez pas mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des fils d’Israël ; je suis le Seigneur qui vous sanctifie » (cf. Lv 22, 31-32). Selon la tradition de l’Ancien Testament dans laquelle se situe le Notre Père, la meilleure façon de sanctifier le Nom de Dieu est précisément que ceux qui affirment être son peuple vivent selon sa volonté.

Le second élément d’espérance que contient le Notre Père est la venue du Règne de Dieu. Jésus est convaincu que le Règne de son Père est présent et agissant dans l’histoire ; il annonce que Dieu est en train d’entrer dans l’histoire de l’homme, commencement d’un temps nouveau où personne ne se sentira seul, où l’on pourra construire un monde plus juste, d’une société pacifique et fraternelle où la dignité de chacun sera respectée. Quand nous disons : « Que ton Règne vienne », nous exprimons l’espérance que la volonté de Dieu se réalise parmi nous, comme une grâce, et en même temps comme devoir permanent de la liberté et de la responsabilité humaines.

Le premier besoin imploré, présenté par le Notre Père dans la version de Luc, s’exprime par ces mots : « Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour » (cf. Lc 11, 3). L’explication de cette requête peut avoir deux connotations. D’un côté, face au danger de perdre notre esprit de stupeur et de gratitude, le Notre Père, rappelle la nécessité de demander à Dieu la nourriture de chaque jour. De l’autre, on ne demande pas « mon », mais « notre » pain, probablement pour souligner la nécessité de le partager dans la charité avec les autres : la vraie vie est le fruit de la communion et du partage.

La deuxième requête est celle du pardon. Luc suppose que, pour demander pardon, il est nécessaire de reconnaître honnêtement que tous, sans exception, nous faisons des erreurs et nous avons besoin de la miséricorde divine (cf. Lc 5, 8 ; 6, 39-42). En partant de ce présupposé, le troisième évangéliste amène à prendre conscience que l’efficacité de Dieu nous conduit à pardonner à notre tour (cf. Mt 6, 14-15). Le pardon de Dieu nous est toujours donné, offert gratuitement. Son efficacité en chacun de nous dépend de notre disponibilité à le laisser agir dans notre vie, dans nos relations et dans nos affections.

Et enfin, le Notre Père introduit la demande suivante : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation » (cf. Lc 11, 4 ; cf. Jn 17, 15). D’abord, la faute a été reconnue ; maintenant notre Père nous aide à grandir dans la conscience de notre fragilité et de notre faiblesse. Nous ne demandons pas à Dieu de nous éviter les tentations, mais de nous aider à les surmonter.

La prière est toujours l’expérience d’une relation à Dieu et d’une rencontre avec Jésus-Christ dans l’Esprit saint. Le Notre Père, comme résumé de l’Évangile, nous fournit les critères fondamentaux pour cette rencontre et pour la mission qui en découle. La grâce de nous adresser à Dieu comme « Père » nous dispose à vivre en frères. L’engagement de sanctifier le Nom de Dieu nous engage, par sa grâce, dans la construction de son Royaume. La bénédiction du pardon qui nous est offert par le Dieu de Jésus-Christ nous rend conscients de l’énorme besoin de susciter et d’accompagner d’authentiques processus de réconciliation, qui conduisent non seulement à l’expérience du pardon, mais aussi, progressivement, a l’éradication du péché.

La paternité de Dieu, pleinement révélée en Jésus-Christ (cf. Jn 12, 45 ; 14, 9), fait de la communauté des disciples missionnaires une vraie famille, à la table de laquelle tous sont attirés et invités au partage de la Parole et de l’Eucharistie. Dans ce mouvement de sa sortie d’auprès du Père et de retour au Père, Jésus insère dans sa mission notre mission, la mission de son Église pour le salut du monde (cf. Jn 8). Si toute paternité a son origine en Dieu (cf. Ep 3, 14-21), dans l’Église de son Fils, l’Esprit du Ressuscité régénère tous les hommes comme fils et filles du même Père grâce au baptême. Le Règne de Dieu, accompli par Jésus dans sa Pâque, trouve en son Église, encore pèlerine, son commencement et son germe ici sur terre, en qualité de sacrement universel du salut offert à tous par Dieu le Père.