Comment Évangéliser sans avoir le droit de faire*

Le père Giuseppe Moretti est un missionnaire barnabite qui a vécu 25 ans en Afghanistan. Ce que la mission des catholiques a de particulier dans ce pays, c’est qu’elle est constituée presque exclusivement de témoignage silencieux, pour reprendre les paroles du missionnaire. Comment fait-on alors pour annoncer Jésus-Christ?

«La mission des catholiques en Afghanistan est particulière. En effet, elle est constituée presque exclusivement de témoignage silencieux. Lorsque nous sommes actifs dans la foi, nous n’avons pas besoin de mots parce que ce sont nos actions qui contribuent à annoncer l’Évangile. Cependant, nous prions pour qu’à l’avenir, si Dieu le veut, il soit possible de construire une église.»

C’est ce que raconte le père Giuseppe Moretti, missionnaire barnabite qui fut en République islamique afghane de 1990 à 2015. Il explique: « La présence des Barnabites en Afghanistan est liée à la concession obtenue au début du XXe siècle pour assurer la présence d’un assistant spirituel catholique à l’intérieur de l’ambassade italienne à Kaboul. À ce privilège, qui s’est concrétisé en 1933, a été associée l’interdiction absolue de se livrer à des activités de prosélytisme auprès de la population locale.» De telles conditions sont demeurées inchangées au cours des décennies, y compris durant la guerre civile et après l’institution de la Missio sui iuris (ou mission indépendante) par saint Jean-Paul II en 2002, dont le père Giuseppe  Moretti fut le premier supérieur ecclésiastique.

« Dans une situation comme celle de l’Afghanistan, où nous n’avons pas l’autorisation d’évangéliser, il est possible d’agir seulement de deux manières : la première consiste à se mettre au service des pauvres, mission actuellement assurée avec un dévouement exemplaire par les Sœurs de Mère Teresa et par l’association Pro Bambini de Kaboul, réalité intercongrégationnelle née en 2004.»

Les premières, explique le père Moretti, se consacrent à l’assistance des familles défavorisées et accueillent dans leur maison une dizaine de fillettes en situation de pauvreté extrême alors que les secondes ont ouvert une maison pour jeunes trisomiques.

« L’autre domaine d’action, poursuit-il, est l’assistance spirituelle de la communauté internationale. Il s’agit d’une mission très délicate, parce qu’elle consiste en une pastorale de nouvelle évangélisation s’adressant à des militaires, à des diplomates ou à des fonctionnaires caractérisés par une forte indifférence religieuse.» «Le message que j’ai tenté de leur transmettre au cours des années – explique encore le barnabite – est que le diplomate catholique est appelé à vivre en tant que vrai croyant en partant du quotidien, en travaillant de manière responsable, sans utiliser de paroles de mépris à l’encontre de la population. Mon objectif était de former des témoins qui, dans leur vie, auraient montré ce que signifie croire au Christ. Comment un Afghan peut-il éprouver simplement de la curiosité envers notre foi s’il voit des chrétiens qui ne prient pas?»

La population afghane est composée à 99,7% de musulmans. Après le retour en Italie du père Giuseppe Moretti, la mission a été confiée à son confrère, le père Giuseppe Scalese, et a encore pour base la chapelle de l’ambassade d’Italie à Kaboul. Jusqu’en 2016, outre les religieuses de Mère Teresa de Calcutta et l’association Pro Bambini de Kaboul, se trouvaient également dans la capitale les Petites Sœurs de Charles de Foucauld, arrivées en territoire afghan dans les années 1950. Leur désir pour l’avenir est qu’il soit possible de disposer d’une église en dehors de l’ambassade, donnant ainsi aux missionnaires la possibilité d’avoir une véritable organisation paroissiale et d’organiser des rencontres de prière, des catéchèses et des activités pastorales. La première proposition en vue de la construction d’une église «publique» est parvenu au responsable de la Missio sui iuris en 1992 lorsqu’un représentant du gouvernement Najibullah, le dernier à être d’allégeance communiste, a soumis au père Moretti un plan visant à édifier une église, qui comprenait un petit complexe avec toutes les garanties d’immunité. Le projet est demeuré lettre morte après les développements rapides de la situation politique afghane, le début de la guerre civile, l’arrivée au pouvoir des talibans et la guerre de 2001.

*Ce texte est tiré de la Revue Univers numéro 1 de l’année 2018, revue d’information et d’animation missionnaire au service de l’Église canadienne, publiée par l’Œuvre pontificale de la propagation de la foi. consultez le ici