Noël! Ce mot qui vient du latin natalis, naissance, résonne étrangement cette année. La Covid-19 occupe toute la place, laissant peu d’espace pour les rassemblements dans les maisons, restaurants, églises. N’est-ce pas l’occasion de descendre en soi-même et de vivre un Noël plus intérieur, spirituel, loin du consumérisme à outrance?

 

Le défi de la pandémie

Pour le bien commun, les gouvernements nous rappellent de suivre à la lettre les consignes afin d’enrayer le virus. Nous apprenons la solitude solidaire, la proximité à distance, la présence dans l’absence, via Skype, Zoom, au royaume du virtuel.

À l’heure du confinement et du télétravail, plusieurs s’inquiètent de l’avenir. Garderont-ils leur emploi? Et puis, comment oublier les milliers de décès, les aînés en résidence, les gens qui gardent des séquelles du virus après avoir été infectés? Bien sûr, le vaccin « sauveur » est arrivé, mais l’immunité collective n’est pas pour demain.

Et Noël arrive avec toute son intensité, ravivant chez certains des blessures du passé. Quel est le sens profond de cette fête de lumière et de partage, alors que tout est compté, chiffré, rentabilisé? La vraie grandeur de Noël ne réside-t-elle pas dans la petitesse de l’enfant de la crèche, que les chrétiens reconnaissent comme l’Emmanuel, Dieu avec nous?

Même en temps de pandémie, la magie de Noël opère toujours avec ses cantiques, coutumes, décorations, sapins, crèches, textes antiques.

Noël peut-il nous sauver de la déprime par la présence discrète de l’enfant de Bethléem qui se donne à tous? Ne résistons pas à l’émerveillement du premier Noël, qui est le commencement d’une grande espérance. Entendons « les anges dans nos campagnes » annoncer aux bergers la bonne nouvelle de la paix : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » (Luc 2, 14)

 

La rencontre avec le Verbe fait chair

Que de poésie dans cette fête agréable qui nous renvoie au chant de l’enfance, à ce lieu natal de notre cœur! Poésie de l’être et de la prière, où nous célébrons aussi notre propre naissance, malgré la souffrance et le mal. Poésie de l’étonnement et de la contemplation, où Dieu surprend l’Humanité en n’étant pas dans la toute-puissance d’un tyran, comme Hérode, mais dans la vulnérabilité d’un enfant, le Verbe de vie. Noël n’est jamais loin de Pâques.

Noël, c’est la rencontre du Verbe divin avec la nature humaine, l’incarnation du Fils de Dieu dans l’Histoire. Il ne descend pas du ciel imaginaire des mythologies. Nous le retrouvons dans une étable, à Bethléem en Judée, entre Marie et Joseph. Il est venu dans le silence de la nuit, non au grand jour, loin des palais et des puissants, pour nous éclairer de sa lumière : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jean 1, 9).

Dans le prologue de son évangile (1, 1-18), saint Jean chante le mystère des noces entre Dieu et l’Homme. Il contemple l’admirable échange de Dieu qui prend notre humanité pour nous diviniser, pour faire de nous ses enfants. Notre existence d’homme et de femme devient alors le lieu de la présence de Dieu où il se communique à nous par sa parole. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jean 1, 14).

Jésus est à naître chaque jour en nous. Il donne à voir ce qui ne se voit pas ; il résume en lui le salut du genre humain. Il n’est pas un maillon dans la série des générations, note Maurice Zundel, il est hors-série : « C’est lui qui tient toute la chaîne, en rendant tous les hommes contemporains par sa présence intérieure à chacun. C’est pourquoi il naît hors-série comme le nouvel Adam, en qui toute la création fait un nouveau départ » (Je ne crois pas en Dieu, je le vis, Le Passeur).

L’écoute du nouvel Adam nous provoque à risquer une parole la moins inconvenante qui soit pour dire Dieu, une parole qui est théopoétique, affirmait le poète Patrice de La Tour du Pin. Nous avons à rassembler nos sens et nos facultés, nos mots et nos silences, en les exposant autour du Foyer-Dieu, le Verbe de vie, Christ ressuscité, le centre où tout converge. Il accomplit en sa personne l’alliance qui nous unit à lui éternellement.

La foi nous permet de voir, d’entendre et de toucher le Verbe fait chair qui se tient là où l’être humain naît, vit et meurt. Il se révèle dans les regards de ces personnes qui sourient, consolent et soignent, sous leurs masques de protection. Noël universel en ce temps de pandémie, où nous buvons à la même source de l’amour, en échangeant nos silences et nos souhaits.

 

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 Extrait du texte tiré du blogue de Jacques Gauthier. Image et texte publiés avec permission de l’auteur.

 Pour aller plus loin : Vidéo sur le sens profond de Noël, ajoutée le 23 décembre 2020.

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