RÉFLEXION BIBLIQUE SUR LE THÈME « ME VOICI, ENVOIE-MOI ! »

Par Abbé Alexandre KABERA

 

Ésaïe écrit : « J’entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi. Il dit alors : Va […] ! » (v.8–9). Dans les versets précédents, Ésaïe trouve toutes sortes d’excuses pour dire à Dieu qu’il n’est pas qualifié pour faire le travail. Mais dans le royaume de Dieu, un appel est toujours plus fort qu’une compétence ! Ce qui compte, ce n’est ni l’expérience ni l’expertise, mais la disponibilité et la capacité à apprendre. Si vous êtes prêts à agir quand Dieu vous donne le feu vert, il vous emmènera dans des lieux inaccessibles pour y réaliser l’impossible. Abraham, Jacob, Joseph, Esther, Moïse, Samuel, David et Ésaïe ont un point commun. Ils ont tous dit : « Me voici ». N’est- il pas ironique de perdre autant de temps et d’énergie à imaginer comment aller là où Dieu veut que nous allions, alors qu’il nous suffirait de dire : « Me voici » ?C’est à Dieu de nous guider là où il veut ; c’est à nous de nous rendre disponibles. Tout comme pour un 

médecin, un gendarme ou un pompier appelé en urgence, c’est notre empressement à réagir que Dieu recherche. Ce n’est parfois qu’une simple incitation à rendre service au voisin de palier. D’autres fois, c’est un appel à parcourir la moitié du globe. Mais tout commence par la prière avec ces deux petits mots : « Me voici ». C’est ce que Moïse a dit face au buisson ardent. C’est ce que Dieu veut que vous disiez aujourd’hui.1

Dans les évangiles, regardant la foule, Jésus a exprimé le même problème de manque d’ouvriers. Jésus a vu toute la détresse, la solitude, les aspirations de tous ces gens qui étaient venus vers lui. Et il était seul à répondre à leur attente. Il les a vus comme des brebis qui sont sans soins, sans berger pour les nourrir. Jusqu’à sa venue, les gens religieux de son époque ne s’occupaient pas de ces brebis souffrantes et nécessiteuses. Il y avait bien des scribes, des sacrificateurs, mais pas de bergers. Il y avait ces gens religieux qui cherchaient les honneurs sur les places publiques ou dans la chaire de Moïse, mais pas d’ouvriers. Alors Jésus a exprimé son problème devant les disciples : « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le Maître d’envoyer des ouvriers dans la moisson » (Matthieu 9, 37-38).

Ce que Jésus cherche, ce n’est pas seulement des prédicateurs ou des chanteurs qui montent sur une estrade, mais des ouvriers qui seront à la disposition du Maître de la moisson. Le métier de moissonneur n’est pas réservé à certains. Car tout homme et toute femme de bonne volonté peut faire ce travail. Le Seigneur a besoin de nous pour travailler dans sa vigne.

Jésus a besoin de toi, tel que tu es

Jésus a besoin de toi, tel que tu es, avec ou sans études théologiques. Avant de dire à Pierre l’apôtre : « Pais mes brebis », il lui a simplement demandé : « M’aimes-tu ? ». Après la réponse affirmative de Pierre, Jésus lui confie la tâche de s’occuper des agneaux et des brebis. Ce qu’il attend de toi, c’est que tu te mettes à sa disposition en disant comme Ésaïe : « Me voici, envoie-moi ». Tu verras que bien vite il te mettra au travail si ton cœur est plein d’amour pour lui.2

Le Seigneur Jésus est le meilleur modèle missionnaire. Il était prêt à se donner, bien que cela signifiait pour lui de grandes souffrances, le mépris, la honte et même la mort. En effet, il était important pour lui de nous annoncer la paix et la réconciliation avec son Père, à nous qui étions si loin de Dieu. Voilà pourquoi, par amour pour nous, il s’est laissé clouer sur le bois (Eph. 2, 14-18). De plus, accomplir la volonté de son Père était important pour lui au point qu’il en faisait sa nourriture (Jn 4, 34). L’importance du message souligne le caractère actuel de la question du Maître : « Qui veut être mon messager ? ». Le Seigneur attend la réponse de chacun et chacune de nous en tant que chrétiens baptisés.

Dieu pose toujours la question : « Qui enverrai-je ? ». Aujourd’hui, elle s’adresse à toi et à moi. Tout débutant dans la foi est en mesure d’entendre l’appel de Dieu. Mais seuls des volontaires travaillent dans le royaume de Dieu. Quelle sera ta réponse ? L’homme riche (Mt 19, 16-22) a entendu l’offre de Jésus, mais il s’est retiré, « tout triste ». Tu peux choisir : te retirer triste et silencieux, ou, heureux, t’engager : « Me voici, Seigneur, envoie-moi, emploie-moi ! ». Jamais, tu ne le regretteras pas. Tous ceux et celles qui ont fait le pas en témoignent. Je te souhaite aussi mon frère, ma sœur, de prononcer avec joie ces mots : « Me voici, Seigneur, envoie-moi ! »3. Et tu ne seras jamais seul dans cette belle mission.

Le « Me voici ! » que Dieu attend de nous

Dieu lui-même, en son Fils Jésus, s’est fait notre serviteur. Jésus n’emploie pas vraiment cette expression (en grec) « Me voici », pour introduire sa mission auprès des hommes et des femmes, pour les sauver du mal.

Mais on la devine à plusieurs reprises, notamment lorsque Jésus se livre tout entier à la volonté de son Père dans le jardin de Gethsémani. Lorsqu’il dit : « Que ta volonté soit faite et non la mienne », Jésus se met véritablement au service de son Père. L’apôtre Paul écrit que Jésus, en se dépouillant ainsi de sa gloire, jusqu’à sa mort sur la croix, s’est fait aussi notre serviteur… (Philippiens 2). Jésus a incarné ce « Me voici » que tout homme et femme aurait dû dire à Dieu sans réserve ; il a été le serviteur parfait, et il reste bien sûr l’exemple à suivre…

Le « Me voici ! » que Dieu attend de nous. Le Seigneur nous appelle à être ses témoins dans ce monde, à proclamer la bonne nouvelle de son salut. C’est loin d’être toujours facile, cela peut nous entraîner même assez loin, dans notre vie de tous les jours, dans notre famille, dans notre travail, dans toutes nos activités où nous sommes au service du Seigneur…

Mais en tant qu’enfants de notre Père qui est au cieux, dans la foi en son Fils Jésus, avec confiance, et avec la force, l’amour et la sagesse de son Esprit saint, nous pouvons sans crainte suivre l’exemple des hommes et des femmes qui ont répondu à cet appel de Dieu, et l’exemple de Jésus lui-même, en disant : « Seigneur, me voici, envoie-moi… ».4

Se tenir devant Lui et Le servir

Jésus Christ, véritable Grand Prêtre du monde a conféré à ces paroles une profondeur jusqu’alors inimaginable. Lui, qui comme Fils de Dieu était et est le Seigneur, a voulu devenir ce serviteur de Dieu que la vision du livre du prophète Isaïe avait prévu. Il a voulu être le serviteur de tous. Il a représenté l’ensemble de son souverain sacerdoce dans le geste du lavement des pieds. A travers le geste de l’amour jusqu’à la fin, il lave nos pieds sales ; avec l’humilité de son service il nous purifie de la maladie de notre orgueil. Ainsi, il nous rend capables de devenir des commensaux de Dieu. Il est descendu, et la véritable ascension de l’homme se réalise à présent dans notre descente avec Lui et vers Lui. Son élévation est la Croix. C’est la descente la plus profonde et, comme l’amour poussé jusqu’au bout, elle est dans le même temps le sommet de l’ascension, la véritable « élévation » de l’homme. « Se tenir devant Lui et Le servir » – cela signifie à présent entrer dans son appel de serviteur de Dieu. L’Eucharistie comme présence de la descente et de l’ascension du Christ renvoie ainsi toujours, au-delà d’elle-même, aux multiples manières dont nous disposons pour servir l’amour du prochain. Demandons au Seigneur, en ce jour, le don de pouvoir à nouveau prononcer en ce sens notre « oui » à son appel : « Me voici. Envoie-moi, Seigneur » (Is 6, 8).5

Conclusion

Quand le prophète Isaïe a donné cette réponse : « Me voici, envoie-moi », il savait bien que la mission de parler au peupled’Israël au nom du Seigneur ne serait pas facile. Le fait qu’il fut d’abord purifié atteste ce fait. Pour les hommes et les femmes de notre temps, il n‘est pas facile également d’annoncer la bonne nouvelle dans notre monde. Ce que le Seigneur nous demande, c’est d’être disponibles à participer à son œuvre de salut du monde. La mission lui appartient. Nous sommes collaborateurs et collaboratrices de cette mission. Cette mission qui vient du Seigneur lui-même, prend racine dans notre cœur et se répand dans le monde. Pour que le monde accueille la parole de Dieu et change, le Seigneur nous donne la grâce de croire en cette parole et de nous convertir nous-mêmes. Que la Vierge Marie, Reine des Missions, intercède pour nous, pour que nous soyons disponibles à répondre « Oui » comme elle l’a fait à l’aube du salut du monde. Car Dieu a toujours besoin de notre élan d’amour, de foi et de générosité.

Par Abbé Alexandre Kabera

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1 https://paroledujour.com
2 Edouard Kowalski dans https ://www.topmessages.topchretien.com                                                                                                                    

3 Eduard Ewert (Friedensbote), dans https://www.messagerdelapaix.org

4 Frédéric Baudin, Me voici, envoie-moi, 1 Samuel 3.1-10, Prédication, 5 janvier 2014, p. 4-6

5 Benoît XI, Homélie de la messel chrismale du Jeudi Saint 20 mars 2008, Libreria Editrice Vaticana

 

 

Abbé Alexandre KABERA est Prêtre diocésain de Kigali au Rwanda. Au Canada, depuis 2011, il a servi dans le diocèse de Montréal comme vicaire paroissiale dans les paroisses de Notre Dame des champs et de la Purification à Repentigny entre autre. Il est exerce actuellement dans la pastorale de la santé où il travaille comme aumônier dans les centres hospitaliers et les résidences pour personnes âgés en tant qu’intervenant en soins spirituels. Il a une maitrise en théologie systématique avec spécialisation Écriture sainte de l’Institut catholique de Paris.