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16 Déc 2025

L’appel à la sainteté est un appel missionnaire

Par le père Rodrigo Zuluaga

Il est bien de rendre grâce pour tout ce que nous avons vécu durant l’année qui s’achève. Le mois de décembre et le temps de l’Avent ravivent en moi cette invitation intérieure : faire mémoire des grâces reçues. Parmi elles, je pense avec reconnaissance à la belle année jubilaire que nous avons vécue et qui tire à sa fin, avec le magnifique thème de l’espérance qui nous a accompagnée tout au long de ces 12 derniers mois. Je pense aussi à notre Mois missionnaire d’octobre, riche de belles expériences qui témoignent de notre solidarité envers l’Église missionnaire.

Récemment, un autre événement m’a donné une raison de plus de remercier le Seigneur. Il s’est passé le 19 octobre, le jour même de la Journée mondiale des missions. À la place Saint-Pierre, on a célébré la canonisation de sept nouveaux saints représentant quatre continents : l’Asie, l’Océanie, l’Amérique et l’Europe. Des témoins missionnaires reliés par la même foi et le même appel de la sainteté.

Lors de son homélie pour la messe de canonisation, le pape Léon XIV a décrit ces figures comme étant des « fidèles amis du Christ ». Ils sont « des martyrs pour leur foi, comme l’évêque Ignazio Choukrallah Maloyan et le catéchiste Pietro To Rot ; ils sont des évangélisateurs et missionnaires, comme sœur Maria Troncatti ; ils sont fondateurs charismatiques, comme sœur Vincenza Maria Poloni et sœur Carmen Rendiles Martinez ; le cœur ardent de dévotion, ils sont des bienfaiteurs de l’Humanité, comme Bartolo Longo et José Gregorio Hernández Cisneros. »

Je suis profondément touché par la diversité de ces hommes et ces femmes qui ont offert leur vie à l’Évangile, chacun selon sa vocation propre, avec son histoire, avec ses fragilités et ses forces. Leur témoignage nous rappelle que la sainteté peut prendre mille visages et qu’elle s’incarne dans le quotidien de ceux qui se laissent façonner par Dieu. Attardons-nous un peu afin de connaître ces « fidèles amis du Christ » *.

Ignace Choukrallah Maloyan (1869-1915)

Né à Mardin, Choukrallah fait partie des Arméniens habitant le territoire de ce qui est l’actuelle Turquie. Il est ordonné prêtre en 1896 où il se donne le prénom d’Ignace, en souvenir du saint d’Antioche. Quinze ans plus tard, il est nommé archevêque. La Première Guerre mondiale éclate et le peuple arménien est victime de persécutions des mains de l’Empire ottoman qui est alors allié de l’Allemagne. En 1915, Mgr Maloyan et des centaines de fidèles vivent le génocide arménien. Torturé, menacé, il est sommé de renier le Christ et de se convertir à l’islam. Il refuse, préférant d’offrir sa vie en témoin héroïque et lumineux de la fidélité jusqu’au bout.

Pierre To Rot (1912-1945)

Laïc catéchiste de Papouasie-Nouvelle-Guinée (alors la Nouvelle-Bretagne), Pierre est époux et père de famille de trois enfants. Il est instrumental pour le travail des missionnaires qui voient en lui un leader talentueux, capable d’enseigner la foi aux communautés locales dans leur propre langue. En 1942, durant la Seconde Guerre mondiale, les forces d’occupation japonaises emprisonnent les prêtres et les religieux étrangers. Pierre décide de prendre le relais des missionnaires pour continuer leur travail d’évangélisation. Le laïc accompagne, entre autres, les couples au mariage chrétien. Il dénonce ouvertement la pratique de la polygamie chez les papous, sachant qu’il peut être arrêté, voire mis à mort pour ses convictions. C’est ce qui va lui arriver. Beaucoup d’hommes lui en veulent – tant des concitoyens comme des Japonais qui vivent dans la luxure. On arrête et menace Pierre plusieurs fois, lui demandant d’abandonner son apostolat et de se tenir à leurs pratiques. Mais il reste ferme et persévère. Incarcéré une dernière fois, sa femme le visite et lui supplie d’abandonner son labeur pastoral. « Ne m’empêche pas de faire mon travail, lui répond son mari. C’est l’œuvre de Dieu ». Il meurt dans sa cellule la nuit du 7 juillet 1945. Pierre To Rot est le premier saint papou.

Maria Troncatti (1883-1969)

Maria connaît la foi grâce à ses parents. Mais celle qui l’inspire le plus c’est sa sœur ainée qui sera son amie et sa confidente. Maria est une fille joyeuse, sensible aux pauvres, prête à aider ceux dans le besoin. Elle est fascinée par les récits de missionnaires et contemple l’idée d’apporter Dieu à ceux qui ne le connaissent pas encore. À 15 ans, elle se joint à l’Association des Filles de Marie et exprime son désir de se consacrer. Elle devra attendre l’âge légale de 21 ans pour être admise à l’Institut de Marie Auxiliatrice.

En 1922, à l’âge de 39 ans, elle réalise son rêve alors qu’on l’envoie en mission en Équateur. Sœur Maria vivra presque 50 ans dans la selva amazonienne, sa « patrie du cœur », où elle mettra ses capacités d’infirmière, d’éducatrice, de médiatrice, et autres, au service des peuples indigènes. La religieuse consacre une bonne partie de ses années au peuple Shuar. Elle se soucie spécialement de former les femmes et de promouvoir leur rôle au sein de la communauté où elles sont trop souvent malmenées par les hommes. Alors qu’elle a 86 ans, Sœur Maria borde un avion qui va l’amener à la capitale équatorienne. Elle meurt dans un accident.

Vincenza Maria Poloni (1802-1855)

Née Luigia Francesca Maria Poloni, cette italienne devient religieuse et fonde l’Institut des Sœurs de la Miséricorde, à Vérone. Elle a à peine vingt ans quand son père meurt, ce qui l’oblige à assurer une grande partie des tâches familiales. Lors de l’épidémie de choléra de 1836, la jeune Luigia est engagée auprès des malades. En 1848, elle fait ses vœux religieux et prend le nom de Vincenza Maria. La charité caractérise toute sa vie qui sera orientée vers les souffrants, les pauvres, les abandonnés. « Servir le Christ à travers les pauvres » sera sa devise.

Sœur Carmen Elena Rendiles Martínez (1903-1977) et José Gregorio Hernández (1864-1919)

Carmen né en 1903 au Venezuela, dans une famille nombreuse où l’on récite le Rosaire ensemble chaque soir et on célèbre l’Eucharistie en famille. Enfant, sa vie est mise à l’épreuve alors qu’elle perd son frère et puis son père. Il faut savoir que Carmen est né avec une malformation au bras gauche, ce qui rend son entrée au couvent difficile, elle qui y songe depuis longtemps.

Pour Sœur Carmen, l’Adoration eucharistique et la souffrance sont les expériences qui l’approchent le plus à Dieu. Elle aime servir les autres, spécialement les pauvres et les malades. Elle prie beaucoup pour les prêtres et les aide dans leur apostolat. En 1965, Sœur Carmen fonde les Servantes de Jésus. Malgré son handicap, elle ne laisse la moindre limitation freiner son désir de servir les plus démunis. Sa vie entière est un « oui » humble et persévérant.

José Gregorio Hernández, aussi du Venezuela, est un homme droit, intelligent, le sens de la responsabilité et du devoir bien ancrés. C’est sa mère qui lui donne son éducation chrétienne. « Depuis la crèche elle m’a enseigné la vertu, elle m’a éduqué dans la science de Dieu, et elle m’a donné la sainte charité comme guide », écrira-t-il à propos de sa mère. Lors de ses études universitaires, le jeune José ne cache pas sa foi devant ses pairs qui le respectent beaucoup. Médecin brillant, en 1889 le président du Venezuela l’envoie à Paris pour se perfectionner dans des disciplines qui n’existent pas encore au pays. À 27 ans, le docteur José débute sa carrière universitaire. Il va à la messe tous les jours, fait son signe de croix avant le début des cours, il s’inscrit au Tiers-Ordre franciscain. José Gregorio sera connu comme le « médecin des pauvres », allant jusqu’à donner de l’argent à ceux qui n’en ont pas pour acheter des médicaments.

Sa vie change radicalement alors que, en juillet 1908, après une longue réflexion, il décide d’entrer dans la Chartreuse de Farneta, en Italie. En août, il prend l’habit et prend le nom de frère Marcello. C’est de courte durée, car il tombe malade seulement neuf mois après et doit retourner au Venezuela. José entre au séminaire et essaye de devenir prêtre, mais il doit abandonner son cheminement afin de reprendre son métier de médecin. En 1913, sa santé s’améliore et il essaye des études à Rome. Un début de tuberculose le freine. Il retourne dans son pays et continue son métier de professeur et de médecin. En juin 1919, il meurt tragiquement dans un accident de voiture.

Bartolo Longo (1841-1926)

Bartolo est en début vingtaine quand il laisse la foi catholique de son enfance et se dédie au spiritisme, sous l’influence de ses amis. Il se reprendra plus tard en se dédiant aux œuvres catholiques de charité. Le jeune s’installe à Valle di Pompei où il se donne la mission de faire connaître le culte à la Vierge du Rosaire aux villageois. Il fait de la catéchèse aux agriculteurs et aide à réorganiser la paroisse. Bartolo désire faire construire un autel dédié à la Vierge. L’évêque va plus loin et propose d’en faire une église (qui deviendra une basilique-sanctuaire plus tard). On ramasse des fonds et la première pierre est posée le 8 mai 1876. Quatre ans plus tard, le sanctuaire est consacré à la Vierge. En 1883, Bartolo écrit la fameuse Supplique à la Reine du Saint-Rosaire. Avec le temps, le sanctuaire voit s’ériger une ville autour de lui.

En 1887, la première de ses œuvres de charité voit le jour : un orphelinat de filles qui sera confié aux Sœurs dominicaines portant le nom des Filles du Saint-Rosaire de Pompei, branche fondée en 1897 par le futur saint. Bartolo fonde un centre pour les fils des prisonniers en 1892, et en ajoute un autre pour les filles. Bartolo Longo meurt le 5 octobre 1926, à l’âge de 85 ans, laissant en héritage l’un des sanctuaires mariaux les plus visités dans le monde, ainsi que le témoignage d’un laïc qui a su conjuguer foi et charité au service de ses contemporains.

Et puis il y a Carlo Acutis (1991-2006) le saint du « sixième continent »

Il m’est impossible de ne pas évoquer – même brièvement – celui qui, malgré son jeune âge, a profondément marqué notre année et touché nos cœurs. Partout dans le monde, des milliers de jeunes découvrent avec admiration ce garçon devenu un véritable signe d’espérance, ravivant l’appel de Jésus à être saints aujourd’hui : Carlo Acutis, canonisé le 7 septembre. Carlo représente ce qu’on appelle aujourd’hui le « sixième continent » : le continent numérique, ce monde sans frontières géographiques, où tant de jeunes — et moi-même souvent — naviguent, cherchent, se perdent parfois, mais espèrent toujours. Celui qu’on surnomme le « cyber-apôtre » a compris que ce « continent » pouvait devenir un lieu de mission. Il n’a pas fui l’Internet: il l’a illuminée. Il a montré que l’on pouvait être adolescent, passionné d’informatique, amoureux de la vie… et marcher vers la sainteté.

En ce début d’année liturgique, nous sommes invités à accueillir la lumière. Et ces nouveaux saints — venus des quatre horizons — me rappellent une vérité essentielle : l’espérance demeure, et l’appel à la sainteté reste plus que jamais d’actualité. Il n’a rien perdu de sa force ni de sa pertinence, si nous voulons devenirs missionnaires de l’ESPÉRANCE.

La sainteté, meilleur chemin pour devenir des missionnaires

En contemplant ces témoins, je comprends mieux que la mission passe toujours par la sainteté, vécue dans nos vocations diverses : familles, consacrés, jeunes, professionnels, malades… Dieu écrit son histoire dans la nôtre.

Nos cœurs se tournent déjà vers Noël. Dans l’attente de l’Enfant Jésus, il est aussi bien de rendre grâce pour tout ce qu’il nous a déjà apporté. Je ne peux que remercier le Seigneur pour ce qu’il continue de déposer dans ma prière (et dans la vôtre) : l’image d’une Église qui, malgré un chemin parfois sinueux fait de lumières et d’ombres, rappelle inlassablement que la sainteté demeure le meilleur chemin pour devenir des missionnaires toujours plus authentiques.

 

 

* Avec l’aide du site du Dicastère pour la cause des saints.

 

 

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