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31 Juil 2026

Être un dans le Christ : un défi vécu au cœur de l’Éthiopie

Par P. Rodrigo Zuluaga

Le thème choisi par le pape Léon XIV pour la 100ᵉ Journée mondiale des missions que nous célébrons cette année, « Un dans le Christ, unis dans la Mission », a pris pour moi une profondeur toute particulière à la lumière de mon récent voyage missionnaire en Éthiopie. Ce que j’ai vécu sur cette terre m’a permis de toucher concrètement ce défi lancé à toute l’Église : vivre l’unité en respectant les différences. L’Éthiopie, riche de plus de 80 groupes ethniques, marquée par des divisions entre chrétiens orthodoxes, catholiques et protestants, les tensions religieuses (entre chrétiens et musulmans), sociales et économiques, m’est apparue comme un véritable laboratoire de cette unité à construire. Là-bas, l’Église avance humblement sur un chemin exigeant : être une dans le Christ pour mieux accomplir la Mission.

Une diversité qui révèle la catholicité de l’Église

En même temps, j’ai compris qu’en parlant de l’Afrique il est essentiel de ne pas tout mettre dans un même ensemble. Chaque pays comprend plusieurs cultures, chaque ethnie possède ses propres réalités et ses richesses. Les langues, les traditions, les manières d’exprimer la foi sont alors multiples. Et c’est précisément dans cette diversité que se révèle la beauté de l’Église universelle : une unité et une catholicité qui ne gomme pas les différences, mais les accueille et les transforme en richesse au service de la Mission.

L’Afrique, acteur de la Mission

L’Afrique n’est plus seulement une terre de mission, mais elle est désormais sujet de la Mission. Dans son homélie lors de la messe célébrée en Guinée Équatoriale en avril dernier, le pape Léon l’a souligné : « Comme aux premiers siècles de l’Église, l’Afrique est appelée à apporter aujourd’hui une contribution décisive à la sainteté et au caractère missionnaire du peuple chrétien. »

Les Églises locales ne sont pas simplement appelées à recevoir l’Évangile, mais à l’incarner et à l’annoncer avec leurs propres forces, leurs diversités culturelles et leur dynamisme. J’ai vu concrètement comment ensemble, prêtres, religieux, catéchètes et laïcs, prennent en main la responsabilité de l’Évangélisation et deviennent de véritables acteurs de la Mission.

Une intuition prophétique devenue réalité

Cette vision rejoint profondément l’intuition prophétique de Daniel Comboni, grand missionnaire du XIXᵉ siècle, fondateur des Missionnaires Comboniens. Né en 1831, en Italie, il consacra sa vie à l’évangélisation de l’Afrique centrale. Il y arriva pour la première fois en 1857, dans la région du Soudan, et fut profondément marqué par les souffrances des peuples africains, les échecs des premières missions et le manque de continuité dans l’Évangélisation. C’est à partir de cette expérience qu’il élabora en 1864 son Plan pour la régénération de l’Afrique, où il affirma avec audace : « Sauver l’Afrique par l’Afrique » (Salvare l’Africa con l’Africa).

Pour lui, la Mission ne pouvait réussir que si les peuples africains eux-mêmes devenaient les principaux acteurs de leur propre évangélisation : former un clergé local, promouvoir l’éducation, respecter les cultures et impliquer les communautés locales. C’est un projet qui, pas à pas, commence à porter ses fruits, même si les conditions ne sont pas toujours idéales et que de nombreux besoins demeurent. J’ai pu le constater lors de la visite des grands séminaires St Mary’s, Blessed Gabriel Michael, et St Ephrem à Addis-Abeba; du séminaire propédeutique St Paul à Hawassa; du séminaire diocésain St Joseph à Hosanna. On y étudie avec des bibliothèques bien pauvres et des ordinateurs dysfonctionnels.

Une Église jeune… et fragile

Lors de sa première visite apostolique dans quatre pays d’Afrique, le pape Léon XIV a offert une vision qui reconnaît la dignité et la vocation missionnaire des peuples africains eux-mêmes. À travers mes rencontres avec les évêques, les prêtres, les religieux, les catéchètes et les fidèles, j’ai découvert une Église jeune, vivante, qui se prend en main pour relever ce défi missionnaire. Mais aussi une Église fragile qui a besoin de notre aide et qui ne peut pas bien se développer si nous n’exprimons pas notre solidarité envers elle par des gestes concrets. C’est une Église qui manque de moyens, où les distances sont grandes, les routes difficiles, et où une minorité de prêtres est responsable d’un grand nombre de fidèles fréquentant des paroisses immenses pouvant avoir 20 ou 30 chapelles. Et pourtant, au cœur de ces défis, j’ai été profondément touché par une foi joyeuse, une ferveur authentique, une capacité à rendre grâce même dans la pauvreté.

Une solidarité qui porte du fruit

L’accueil chaleureux des communautés, les chants de reconnaissance, la joie des enfants ainsi que l’engagement des catéchètes et des missionnaires m’ont profondément marqué. À travers leur témoignage et leur gratitude, ils expriment aussi leur reconnaissance envers toute notre Église canadienne, ainsi qu’envers tous les bienfaiteurs et bienfaitrices qui, par leurs prières, leurs dons et leur soutien missionnaire, se rendent présents auprès de cette Église particulière d’Éthiopie.

Dans des villages isolés où l’on voit des églises en construction, des écoles et des cliniques de santé, j’ai été témoin d’une Église qui se construit ensemble, souvent avec peu de moyens, mais avec cœur et une immense espérance. Ce voyage m’a également permis de mesurer plus concrètement l’impact du soutien de l’Œuvre de la propagation de la foi au Canada francophone (Mission foi). À travers cette solidarité missionnaire, tant de communautés locales peuvent continuer à grandir, à se former et à témoigner de l’Évangile malgré les nombreux défis auxquels elles font face.

Une leçon pour notre Église

Malgré les blessures du passé, comme certaines divisions ethniques et religieuses, malgré la pauvreté persistante, les migrations des jeunes à la recherche d’un meilleur avenir et les tensions sociales, un signe d’espérance demeure : cette foi simple et profonde, particulièrement présente chez les jeunes et les enfants. Leur manière de chanter, de prier, de croire tous ensemble, me rappelle que l’unité ne se construit pas d’abord par des structures, mais par un cœur tourné vers le Christ et que tout cela rend encore plus urgent l’appel à l’unité dans une même foi dans le Christ. Car sans cette unité, la Mission se fragilise. Ainsi, être un dans le Christ ne signifie pas devenir identiques, mais apprendre à marcher ensemble, à accueillir nos différences comme étant une richesse, et à témoigner d’un même amour.

Enfin, en regardant de plus près la réalité de nos communautés d’ici, je réalisais que ce défi n’est pas seulement celui des croyants en Éthiopie : il est aussi le nôtre. Malgré nos sensibilités différentes, nos cultures et nos diverses manières de vivre la foi, nous sommes tous appelés à une même mission : annoncer le Christ, témoigner de son amour, et construire une Église toujours plus unie. Ce voyage m’a ainsi rappelé une vérité essentielle : c’est ensemble, et seulement ensemble que nous pouvons être véritablement missionnaires.

 

 

 

(Photo: Mission foi / Rodrigo Zuluaga)

 

 

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