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31 Juil 2026

Béatification de Mgr Fulton Sheen

La béatification de Mgr Fulton Sheen (1895-1979), tant attendue par les fidèles, suscite une immense joie dans les communautés où il a exercé son ministère et bien au-delà, à travers le monde entier.

Par Mgr Roger J. Landry
Directeur national des OPM aux États-Unis

La nouvelle tant attendue de la béatification de Mgr Fulton Sheen (1895-1979), suscite une immense joie non seulement dans les lieux où il a exercé son ministère mais aussi à travers tous les États-Unis et le monde entier.

Prédicateur catholique le plus célèbre de l’histoire américaine, Mgr Sheen a su tirer parti des nouvelles tribunes que constituaient la radio et la télévision à leurs débuts pour communiquer avec passion, joie et un charisme débordant, les vérités de la foi catholique et du don de la vie.    Il a combiné cela à un talent prodigieux d’écrivain — 66 livres et des dizaines de milliers d’articles — ainsi qu’à des retraites audio, des conférences et des séries catéchétiques très écoutées, et des homélies qui remplissaient les églises et les stades à craquer.  Grâce à la rediffusion régulière de ses émissions télévisées sur EWTN, aux rééditions de ses livres et à la numérisation d’une grande partie de ses œuvres audio, il continue d’exercer une influence considérable sur la foi des catholiques à travers le pays et le monde entier.

Sheen figure déjà aux côtés d’Augustin, de Chrysostome, de Bernard, de Bossuet et de Lacordaire parmi les prédicateurs les plus éloquents de tous les temps. Sa prochaine béatification — et, un jour, sa canonisation — ne fera pas seulement perdurer et renforcer son influence dans la vie catholique, mais aidera également tous ceux qui ne pourront jamais égaler son art oratoire à découvrir et à imiter ce qu’il y a d’imitable dans ses vertus. Nous pouvons nous concentrer sur ce que nous pouvons tous apprendre de lui concernant les deux aspects les plus fondamentaux de la vie chrétienne : la sainteté et la mission, pour être un fidèle disciple de Jésus et un apôtre fervent, cherchant avec enthousiasme à amener Jésus aux autres et les autres à lui.

Sheen était un disciple fervent de Jésus. Lorsqu’il remporta l’Emmy Award en 1952, il déclara avec humour qu’il souhaitait remercier ses scénaristes, Matthieu, Marc, Luc et Jean. Un jour, alors que lui et l’acteur Richard Burton récitaient tous deux à haute voix le Psaume 23, « Le Seigneur est mon berger », Burton fit remarquer à la foule émue que, s’il connaissait le psaume, l’archevêque Sheen, lui, connaissait le Berger. Quiconque lit son livre le plus célèbre, La Vie du Christ, en ressort convaincu que Fulton était bien plus qu’un brillant érudit de son Sauveur, mais un ami reconnaissant qui l’aimait comme sa perle de grand prix. De même, quiconque écoute ses célèbres méditations du Vendredi saint sur les sept dernières paroles de Jésus ne peut s’empêcher de conclure qu’il connaissait le Seigneur de l’intérieur.

Cet amour aide à expliquer comment Sheen est devenu le plus grand apôtre de l’heure sainte eucharistique dans l’histoire de l’Église.  Le jour de son ordination sacerdotale, i s’était engagé à consacrer chaque jour de son sacerdoce une heure sainte à l’Eucharistie ; et, comme il l’écrivait dans son autobiographie *Treasure in Clay* alors que sa vie terrestre touchait à sa fin, il était profondément reconnaissant d’avoir, par la grâce de Dieu, tenu fidèlement cet engagement pendant soixante ans. Il est si approprié que lui, qui a passé une grande partie de sa vie à genoux en adoration et qui disait : « La plus grande histoire d’amour de tous les temps est contenue dans une minuscule hostie blanche », soit mort en présence du Saint-Sacrement le dernier jour de sa vie.

Sa relation intime et personnelle avec Jésus, nourrie par ces audiences divines quotidiennes, ainsi que par la célébration de la messe, la prière de la liturgie des heures, le rosaire et d’autres dévotions, était, disait-il, la raison pour laquelle il avait pu accomplir tout ce qu’il avait accompli.

« Quand je me lève pour parler, les gens m’écoutent ; ils suivent ce que j’ai à dire. Est-ce grâce à un pouvoir qui m’appartient ? Bien sûr que non. Saint Paul dit : “Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et toi qui as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu n’avais rien reçu ?” », écrivait-il dans son ouvrage de 1974 intitulé *La Sagesse des saints*. « Mais le secret de mon pouvoir, c’est que, en cinquante-cinq ans, je n’ai jamais manqué de passer une heure en présence de notre Seigneur dans le Saint-Sacrement. C’est de là que vient le pouvoir. C’est là que naissent les sermons. C’est là que chaque bonne pensée est conçue. »

Attaché au Christ, la vigne, l’archevêque Sheen, le sarment, a porté des fruits en abondance. Il débordait du désir d’aider les autres à connaître et à aimer eux aussi le Sauveur. Il aimait enseigner la foi afin que les autres aient la confiance nécessaire pour y croire et la vivre. Il a consacré 25 ans de sa vie à enseigner la théologie et la philosophie, ainsi qu’à former de jeunes catholiques et de futurs universitaires, à l’Université catholique d’Amérique. Il a passé 20 ans à faire la navette entre Washington et New York pour enregistrer des émissions de radio expliquant la foi à 4 millions de personnes à chaque fois.

À la télévision, devant un public de 30 millions de personnes chaque semaine – catholiques, protestants, juifs et non-croyants –, il a enseigné pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue, utilisant tout ce qu’il pouvait pour ouvrir les gens à une relation avec Dieu : la physique, la biologie, la psychologie, l’histoire, la littérature, la philosophie, l’art et la culture, la peur et l’anxiété, le travail, la famille, l’amitié. Son influence a été l’un des principaux facteurs qui ont permis de briser les préjugés anticatholiques qui constituaient encore à l’époque une triste réalité de la vie américaine.

Il était un fervent évangélisateur. Il mettait un grand zèle à conduire les gens au  Christ et à les guider sur le chemin de la sanctification. Il donnait de grands cours à Washington et à New York pour ceux qui s’intéressaient à la foi. Il trouvait le temps de donner des cours en particulier à des personnalités célèbres ou controversées comme à des gens ordinaires et sincères qui le sollicitaient. Ses proches estimaient qu’il était à l’origine de dizaines de milliers de conversions. Lorsque le pape Pie XII lui demanda combien de personnes il avait amenées à l’Église, il répondit qu’il ne les comptait pas, de peur de croire que c’était lui qui les avait converties plutôt que le Seigneur.

Son zèle apostolique s’est manifesté tout particulièrement au cours des seize années (1950-1966) où il a occupé, sur nomination du Vatican, le poste de directeur national de l’œuvre pontificale de la propagation de la foi aux États-Unis, la plus célèbre des quatre œuvres pontificales missionnaires. Nommé à l’âge de 55 ans, il a consacré son talent et ses  énergies  à ses deux missions fondamentales : promouvoir une identité et une spiritualité missionnaires parmi les catholiques et contribuer à la collecte de fonds pour les missions de l’Église. Il a fondé, il y a 75 ans, le magazine *Mission* afin de faire découvrir la vie dans les missions, ainsi que le magazine *World mission* pour publier des articles plus approfondis rédigés par des missionnaires et des théologiens. Il rédigeait deux chroniques hebdomadaires sur les missions pour des journaux catholiques, ainsi qu’une troisième sur la foi catholique.

Il s’est rendu dans les missions afin d’attirer l’attention sur elles et de mieux cerner leurs besoins concrets. Au cours de son mandat, il a collecté environ 200 millions de dollars pour l’Église là où elle est jeune et pauvre. Il a abordé la question des missions lors du Concile Vatican II et a siégé au comité chargé de rédiger Ad Gentes, le document conciliaire sur l’activité missionnaire de l’Église. Toute sa vie peut se résumer par son identification en tant qu’apôtre du Christ et missionnaire pour les missionnaires.

Quand j’étais adolescent et que je réfléchissais à un appel à la prêtrise, j’écoutais régulièrement dans la voiture des cassettes de l’archevêque prêchant des retraites, principalement à des prêtres, et j’étais régulièrement enflammé par son amour pour Dieu et ses dénonciations de tout ce qui attaquait la foi, comme le communisme, le libidinisme, les psychologies populaires, les fausses philosophies et divers vices. Plus tard, j’ai lu ses deux livres sur le sacerdoce — *The Priest is Not His Own* et *Those Mysterious Priests* — qui sont devenus fondamentaux pour la façon dont je percevais et perçois encore aujourd’hui le sacerdoce.

C’est pourquoi c’est l’un des plus grands honneurs de ma vie d’être devenu son successeur au poste de directeur national des Œuvres pontificales missionnaires, dont fait partie l’Œuvre de la Propagation de la Foi, et d’avoir le doux privilège de tenter de poursuivre son œuvre.

Le processus de béatification de Mgr Sheen — interrompu à deux reprises pour différentes raisons — a été une épreuve pour ceux qui lui sont dévoués. D’une certaine manière, cependant, ces contretemps sont tout à fait appropriés, car sa quête de sainteté fut elle aussi une lutte. Il admettait humblement qu’il devait lutter contre l’orgueil, la vanité, l’ambition et l’amour du confort matériel. Il a également souffert de la jalousie de ses confrères, des machinations de puissants prélats à son encontre, sans parler des conséquences de problèmes cardiaques survenus à la fin de sa vie, autant d’épreuves qui ont contribué à le purifier. Il était conscient, comme il l’a intitulé dans son autobiographie, qu’il portait un trésor dans un vase d’argile (2 Corinthiens 4, 7) et, au fil du temps, il a appris à mieux connaître à la fois ce trésor et cette argile.

Il ne se considérait pas comme un saint, mais il aspirait à le devenir et n’a jamais cessé d’y tendre. Il écrivait dans son autobiographie : « Dieu me jugera […] sur la mesure dans laquelle je l’ai reflété, non seulement dans mon travail, mais aussi dans mes paroles et dans ma vie. »

Le pape saint Jean-Paul II, à la cathédrale Saint-Patrick de New York en 1979, l’a embrassé et lui a exprimé sa reconnaissance pour la manière dont il s’y était employé : « Vous avez bien écrit et bien parlé du Seigneur Jésus. Vous êtes un fils fidèle de l’Église ! »  Avec la déclaration d’aujourd’hui, l’Église réaffirme non seulement les efforts héroïques de l’archevêque Sheen pour refléter le Seigneur, mais aussi sa réussite.

Alors que l’Église se concentre désormais sur la sainteté de Fulton Sheen en prévision de sa béatification et au-delà, l’archevêque Sheen, toujours missionnaire, espérerait que cela attire l’attention non pas sur lui, mais sur Celui qui l’a rendu saint. « Le seul argument qui reste pour convaincre les autres », disait-il dans les années 1970, « c’est la sainteté. Le monde a entendu tous les autres arguments, et il est prêt à les rejeter, tous sauf un : la sainteté. » La sainteté — reflet du Seigneur Jésus dans ses œuvres, ses paroles et sa vie — est le message le plus éloquent que Mgr Sheen ait  jamais prêché. Et c’est ce message qui, heureusement, résonnera désormais dans la liturgie et la mémoire de l’Église jusqu’à la fin des temps.

 

 

(Photo: OPM États-Unis)

 

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