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30 Nov 2023

L’acte d’amour ultime que j’ai vu ou l’histoire de Pierre-Louis

Par René Mailloux, f.m.s.

L’histoire que je vais vous raconter est un fait bien réel. Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés pour respecter ceux qui l’ont vécue.

La famille de Pierre-Louis était bien éprouvée. La mère venait de décéder laissant le père avec une fille aînée et quatre garçons dont le plus jeune devait avoir environ six ans. Tous les autres enfants étaient encore à l’école, sauf cette fille aînée. Le père réussissait à subvenir aux besoins de sa progéniture en faisant du jardinage et en s’engageant occasionnellement comme manœuvre sur l’un ou l’autre des rares chantiers de construction de la zone. On est dans une région rurale d’un pays pauvre.

La famille réussissait à fonctionner avec la grande sœur qui préparait les repas et qui tenait la maison comme on le dit ici. Voici que cette grande Gladys est tombée enceinte. Le père de l’enfant était connu, mais il n’était ni capable ni prêt à assumer ses responsabilités. C’est un cas qui malheureusement n’est pas unique dans de telles situations. C’est souvent alors la grand-mère qui vient en aide et s’occupe du bébé de sa fille. Or dans le cas qui nous occupe, la grand-mère était morte. Le bon Monsieur Pierre-Louis a tout simplement accepté de s’occuper de sa fille devenue malade en plus d’être dans l’attente d’une bouche supplémentaire à nourrir.

Finalement, le petit garçon est né. La mère ne guérissait pas. Après quelques jours, on a dû avoir recours à du lait en poudre, car la mère ne pouvait plus allaiter. Le lait en poudre coûte cher et ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur pour un bébé. Les surplus vitaminiques et autres sont trop chers pour que Monsieur Pierre-Louis puisse continuer bien longtemps à en acheter. Après quelques jours, pour comble de malheur, Gladys est morte.

Voici un groupe de garçons pris pour s’occuper d’un bébé. On pourrait presque citer le proverbe de la poule qui a trouvé un couteau. On fait tant bien que mal dans une situation qui dépasse les personnes concernées.

C’est à ce moment que l’on a recours à mes services de chauffeur. J’arrive chez Pierre-Louis. On me demande de conduire le père ou plutôt le grand-père avec le bébé chez les Sœurs de la Charité afin de le donner pour adoption. Réalisant qu’il est impossible pour cette gent masculine de donner les soins nécessaires à cet enfant, pour le bien de l’enfant, on décide de le confier à des parents qui, faut-il espérer, sauront le rendre heureux.

J’ai assisté à l’une des scènes les plus émouvantes de ma vie. On avait mis au bébé des vêtements propres, on avait placé dans un sac en papier quelques vêtements de rechange. Chacun des garçons est venu embrasser une dernière fois le seul souvenir qu’il leur restait de la grande sœur Gladys et lentement, ils retournaient dans la maison avec des yeux humides. C’est comme si on voulait demander au bébé de leur pardonner de l’abandonner.

Le père est monté dans l’auto et m’a accompagné chez les sœurs. Il a signé un papier certifiant qu’il renonçait à l’enfant et promettait de ne jamais chercher à savoir ce qui lui arrivait. La sœur a refusé le sac en papier qui contenait toute la garde-robe de l’enfant et est sortie avec le bébé. Le grand-père a ramassé le sac et est revenu avec moi dans l’auto.

Le voyage du retour a été silencieux. La tristesse se lisait sur le visage de ce bon Monsieur Pierre-Louis. Arrivé devant chez lui, j’ai répondu à son « merci » en disant que je venais de constater combien ils aimaient ce bébé et sa mère.

 

(Photo: Pexels.com / Mehmet Turgut Kirkgoz)

 

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