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05 Juil 2023

Leçons d’un missionnaire lépreux

Par Fr. René Mailloux f.m.s.

Je veux vous présenter le père Germain Lafontaine. Je l’ai connu en 1968 à la léproserie de Liteta, en Zambie. Comme moi, il était originaire de Sherbrooke et nos familles se connaissaient. Un bon dimanche, je me suis rendu à Liteta (environ 50 kilomètres de Kabwe où je vivais) et j’ai rencontré cet homme qui a produit sur moi une très grande impression.

Il vivait dans une maisonnette. Je fus frappé par ses mains, elles étaient toutes difformes. Il était faible, ne marchait qu’avec difficulté et avait besoin d’aide pour toutes les choses ordinaires qu’une personne peut faire.

Après les présentations d’usage, il me parla de toute ma famille qu’il connaissait bien. Ensuite, il me raconta son histoire, principalement comment il avait attrapé la lèpre.

Un jour, un Africain lui a vendu une paire de chaussures usagées. Il l’a achetée afin d’aider cet homme qui semblait avoir un grand besoin d’argent. Or il a été découvert plus tard que cet homme souffrait de la lèpre.

Le bon père a commencé à ne pas se sentir bien. Il a consulté les docteurs et on l’a traité, sans résultat probant, pour toute une série de problèmes de santé. Les blancs n’attrapent pas la lèpre en Zambie, tout le monde sait ça. Après quelques années, on a été obligé de se rendre à l’évidence et on envoya le père Germain à la léproserie de Liteta.

Aujourd’hui, la lèpre se soigne et on peut l’arrêter quand on la traite tôt. Cependant, il n’y a pas moyen de réparer les dommages déjà faits. Les cellules nerveuses, celles réellement atteintes par la lèpre, ne se régénèrent pas.

Je cite en substance ce qu’il m’a dit : « Tu sais, les Africains croyaient que seuls les gens de leur race pouvaient souffrir de la lèpre. Ils associaient ce mauvais sort au fait qu’ils se croyaient descendants de Cham, le fils de Noé qui s’est moqué de son père. Même si on leur dit que ce n’est pas vrai, ils le croient malgré tout. En voyant un blanc – et un missionnaire en plus –, souffrir de cette maladie, ils vont réaliser qu’il n’y a aucun mauvais sort divin jeté sur eux. C’est donc en étant lépreux que je contribue à l’évangélisation des Africains. »

Le père Germain est revenu au Canada pour quelques jours. Il a fait un long stage en Louisiane dans une léproserie. Il est enfin revenu et a continué son apostolat en donnant des retraites au pays. Sa prédication débutait toujours par cette histoire écrite en italique un peu plus haut. Ses mains déformées étaient comme l’icône de son histoire.

Partout où il a été, Germain s’est comporté en missionnaire. Lépreux, comme en santé pendant ses premières années de mission en Afrique, il a encouragé et accompagné bien des gens. Quand j’ai appris sa mort qui est survenue en janvier 2004, j’ai réalisé que je venais de perdre un mentor qui m’avait encouragé chaque fois que je l’avais visité et même chaque fois que j’avais pensé à lui.

 

(Photo: istockphoto / diephosi)

 

 

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