15 Avr 2026
Vivre la Mission aujourd’hui: moins de programmes et plus de présence
Par P. Krzysztof Szablowski, o.m.i.
Cette année, ça fait 10 ans que je suis arrivé au Canada après 17 ans de travail missionnaire au Madagascar. Dix années de vie et de service missionnaire dans la Province oblate de Notre-Dame-du-Cap pour lesquelles je rends grâce pour tout ce que j’ai reçu et découvert au cœur de cette expérience profondément humaine, spirituelle, communautaire et missionnaire.
Quand je regarde les expériences missionnaires les plus fortes que j’ai vécues ici, la première chose qui me vient, ce n’est pas d’abord une activité, un projet pastoral ou une réalisation concrète mais ce sont les personnes. Ce sont les confrères que j’ai rencontrés sur ma route, à partir d’Ottawa, du Sanctuaire Notre-Dame du Cap, à Richelieu, et aussi mes confrères qui m’ont accompagné.
Vivre ensemble, être présent pour les autres
J’y ai découvert le témoignage silencieux mais éloquent de vies entièrement données à la Mission. Des confrères qui, depuis de nombreuses années, dans la discrétion, parfois dans la fatigue ou la maladie, continuent de porter avec fidélité la mission de l’Évangile et de la proximité avec le peuple de Dieu. Leur manière de vivre m’a appris que l’efficacité missionnaire ne se mesure pas seulement par les résultats visibles, mais par la constance dans le don de soi. Cette expérience m’a aussi ouvert à la richesse de l’interculturalité dans notre famille oblate. Venant de différents pays et aussi cultures, nous partageons pourtant une même passion pour le Christ et pour les plus pauvres. Apprendre à vivre ensemble, à travailler ensemble, à annoncer l’Évangile ensemble malgré et avec nos différences, a été pour moi une véritable école de mission.
J’ai compris que la Mission aujourd’hui ne peut être vécue qu’en communion, dans l’accueil de la diversité comme une richesse et non un obstacle. La Mission n’est plus seulement « aller ailleurs », mais apprendre à rencontrer l’autre là où il est, avec son histoire, sa culture, sa sensibilité. Et souvent, cet « ailleurs » est déjà ici, dans nos communautés locales, marquées par la pluralité culturelle qui présente de nouveaux défis pastoraux.
Le présent et l’avenir missionnaire
À partir du lieu où je suis impliqué aujourd’hui, le Havre-Saint-Pierre et ses communautés de la région jusqu’à l’ile d’Anticosti, je vois que le présent de la Mission est à la fois exigeant et porteur d’espérance. Cependant, en regardant cette réalité avec lucidité, je dois aussi reconnaître que notre mission est aujourd’hui très fragile. Dans les paroisses où je suis en service, nous faisons face à des communautés vieillissantes et à l’absence de relève. Le nombre de personnes engagées diminue, et plusieurs responsabilités reposent sur un petit groupe de fidèles très dévoués mais fatigués. Nous constatons également que la transmission de la foi aux jeunes générations devient de plus en plus difficile.
Mais cette fragilité ne concerne pas seulement nos communautés chrétiennes. Elle touche aussi notre présence missionnaire elle-même. Comme missionnaires, nous n’avons pas toujours la certitude que nous serons remplacés par d’autres confrères dans les lieux où nous sommes envoyés. Cette réalité peut susciter des inquiétudes et parfois même un sentiment d’insécurité face à l’avenir de nos engagements pastoraux. Et pourtant, peut-être que cette situation nous invite à vivre la mission autrement. Non avec l’assurance de la continuité de nos structures, mais dans la confiance que la mission appartient d’abord à Dieu. Elle nous appelle à préparer le terrain, à former des laïcs engagés capables de porter la vie de la communauté chrétienne même lorsque notre présence de missionnaires ne sera plus possible.
Je crois que l’avenir de la Mission dans notre province sera de se faire proche des personnes, surtout des plus vulnérables, des malades, des familles éprouvées, des émigrés. Elle se continuera par une Église qui sort, qui va à la rencontre avant de parler, qui accompagne avant de proposer.
Notre mission aujourd’hui demande peut-être moins de structures et davantage de relations ; moins de programmes et davantage de témoignage ; moins de paroisses à sauvegarder et davantage de présence. Être missionnaire, c’est sortir de soi et aller à la rencontre des autres, à la suite du Christ. C’est habiter les périphéries existentielles de notre temps : la solitude, la souffrance, la perte de sens, la soif de vérité et de réconciliation. Je vois également un avenir missionnaire qui se construit avec les laïcs, dans une collaboration toujours plus étroite. Ensemble, nous sommes appelés à porter la Bonne Nouvelle dans des milieux où l’Église institutionnelle n’est pas toujours présente et où la recherche de sens et d’espérance demeure bien réelle.
Enfin, je crois que notre témoignage communautaire sera de plus en plus important. Dans un monde marqué par l’individualisme, la fraternité vécue entre nous devient une part importante de l’annonce de l’Évangile. Vivre ensemble malgré nos différences, prier ensemble, discerner ensemble, servir ensemble : voilà l’un des signes les plus missionnaires que nous pouvons offrir aujourd’hui.
Sur la photo: Père Krzysztof (à gauche) au Madagascar.
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