Voici donc les églises fermées à nouveau en ce temps de pandémie, les rassemblements et les visites (pour la plupart) interdits… les croyants désorientés passent le test de la foi. Comment la vivre dans ce contexte? Il semble que nous n’ayons d’autre choix que de revenir aux « essentiels » : la foi, l’espérance… et la charité, c’est-à-dire, aimer Dieu et son prochain!

La question se pose en effet: comment vivre notre vie de foi dans ce contexte où nous n’avons plus de temple – ni même de maison – où nous rassembler, prier, communier, partager?

Il y a 2000 ans à Bethléem, les Mages ne trouvèrent pas de temple majestueux, ni de palais pour rendre hommage au nouveau roi (cf. Mt 2, 11), mais un enfant couché dans la pauvreté d’une mangeoire pour animaux au sein d’une famille isolée, marginalisée et matériellement démunie! Voici que les fermetures de toutes sortes que nous vivons nous amènent dans un contexte tout semblable : confinés en famille ou en solitude, c’est dans la pauvreté de notre chambre intérieure que nous sommes d’abord renvoyés : « Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret. » (Mt, 6,6) Confrontés à notre fragilité, nous nous tournons vers Dieu, et c’est dans l’humble mangeoire de nos limites, intérieures comme extérieures, que nous trouvons l’Emmanuel, le « Dieu avec nous ».

Ce Dieu qui, comme nous, s’est fait vulnérable, non seulement nous soigne, nous réconforte, nous redonne confiance et espérance malgré les épreuves que nous vivons, mais au-delà de nos soucis, il nous ouvre aux besoins de nos frères et sœurs dans leurs propres vulnérabilités, pour bâtir la fraternité.

Et c’est là que nous le retrouvons. Chaque petit geste accompli dans l’oubli de soi et de ses propres problèmes, pour embellir aujourd’hui la vie d’une personne proche ou lointaine, nous est rendu au centuple en bénédictions, ne serait-ce qu’en nous sortant du découragement et en nous libérant de l’emprise paralysante de la peur et de l’angoisse, si omniprésentes.

Alors oui, la Mission continue! Et Dieu bénit nos pauvres moyens : dans ce contexte si difficile, il nous rend créatifs et généreux de différentes façons.                                                                                                                       

La Mission continue dans nos milieux en prenant plus que jamais du temps de qualité avec nos plus proches, nos voisins et voisines, comme avec tout notre réseau social. Se soucier davantage des nôtres développera sûrement une écoute et une compassion à l’année, plutôt qu’à certaines heures de leurs vies.

La Mission continue dans nos diocèses et nos communautés de foi. Les initiatives se multiplient pour offrir toutes sortes de soutiens spirituels, qui maintiennent la fraternité de foi, et aident à passer de l’anxiété à la confiance et à l’espérance : messes audiovisuelles, rencontres de prière ou d’échanges sur plateformes numériques, services d’accompagnement de qualité en relation d’aide… Que de créativité ici comme dans toute la francophonie internationale, en se servant des réseaux sociaux pour ressourcer enfants, couples et familles, aînés et personnes seules lors de ces temps de fêtes liturgiques importantes.

La Mission continue pour les gens ayant perdu leur emploi ou n’en trouvant pas : de multiples formes d’aide et d’entraide « entre nous » se développent en attendant des jours meilleurs. Les cuisines populaires sont populaires plus que jamais et font des miracles quotidiennement pour multiplier la nourriture. Dans ma paroisse, un réseau de partage est organisé plusieurs jours par semaine, tellement la demande est forte!

La Mission continue dans les villes, pour soutenir en nourriture, vêtements chauds, soins médicaux, les milliers d’itinérants. À Montréal, il faut voir, dans les rues entourant le parc de mère Émilie Gamelin, les camions et les camionnettes familiales apportant, jour après jour, le nécessaire pour vivre aux plus pauvres de notre société. Mère Gamelin peut être fière de tous ceux et celles qui marchent dans ses traces.

La Mission continue pour soutenir le moral de nos gens : aux Œuvres pontificales missionnaires, on a décidé, en ces temps difficiles, d’envoyer plus de 10,500 cartes de souhaits avec calendriers à nos bienfaiteurs.

Chose certaine, en respectant les consignes sanitaires et les durs sacrifices qui nous sont demandés, jusqu’au respect d’un couvre-feu maintenant, c’est la mission de prendre soin les uns des autres que nous vivons comme jamais.

La fermeture des églises au printemps, et à nouveau cet hiver, donne un coup dur non seulement à la gestion de notre patrimoine et de notre personnel, mais aussi à nos habitudes, à nos façons de faire église, de nous soutenir, de vivre et de transmettre notre foi. Que nous dit l’Esprit dans tout cela? L’heure est au discernement et aux choix pour aujourd’hui et demain. Ainsi, à travers cette pandémie qui nous pousse à agir, la Mission est en train de se renouveler!

Notre style de vie même se remet en question, véritable conversion pour retrouver ce qui est le plus important sur cette planète : le bien commun et la santé de toute la grande famille humaine, dans le respect de la dignité, des droits et de la liberté inhérents à chaque être humain, depuis sa conception à sa mort naturelle.

En somme, dans ces temps si difficiles, bien que nous ayons l’impression de ne pas contrôler grand-chose, comme croyants nous savons que Dieu est le maître, d’une part, de nos vies, et d’une autre part, du temps et de l‘Histoire. Il a son plan. À nous de discerner comment y adhérer, en restant axés sur la foi nourrie et renouvelée, l’espérance malgré tout et la charité agissante. Pour que son règne vienne!

 

 P. Yoland Ouellet, o.m.i.                                                                                                                                         Directeur national des OPM au Canada francophone

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